10 députéEs socialistes publient aujourd’hui une lettre ouverte appelant la France à un débat de haut niveau sur la GPA. Derrière les paroles, il s’agit en fait d’inciter à un recours contre une décision de la CEDH qui enjoint la France de donner un statut légal aux enfants nés de GPA à l’étranger. Voici la lettre que je leur envoie ce soir.

Mesdames, messieurs les 10 députéEs anti-GPA

Je prends connaissance de la lettre ouverte que vous publiez aujourd’hui, « Pour que la France porte à un haut niveau le débat sur la Gestation pour autrui (GPA). »

ChacunE souhaite en effet que le débat soit « élevé ». C’est la raison pour laquelle je suis surpris de voir dans votre lettre ouverte le recours à des arguments d’une démagogie xénophobe indéniable : l’étranger, voilà l’ennemi-e. « (…) Devons-nous accepter que des pratiques étrangères (USA, Inde, Canada, etc) s’imposent à nous par l’élégante entremise d’une institution internationale (la CEDH) qui nous demande de statuer en droit pour des enfants nés par GPA à l’étranger,  mais laisse pendante la question biologique, psychologique et éthique, celle des mères ? Devrions-nous accepter sans rien faire un tel « Patriot Act » de l’intimité ? ».

Pour vous, donc, député-s socialistes, des pratiques sont mauvaises parce que venues de l’étranger. Elles « s’imposent » à nous (c’est qui nous ? Les étrangErEs résidant en France ne sont pas concernéEs?) La CEDH est suspecte parce qu’internationale (pourquoi pas cosmopolite, tant que vous y êtes ?) ? Et comme elle est internationale, sa jurisprudence n’a pas de valeur, il s’agit juste d’entremise ? Que vous assumiez à ce point une telle rhétorique xénophobe est confondant et en dit long sur la sincérité de votre appel à un débat de haut niveau. Sans même parler de la gravité de ces accusations portées contre une institution dont l’objectif est de garantir le respect des droits humains.

Selon vous, la GPA amènerait à un retour en arrière en matière de luttes féministes et d’émancipation (voir votre paragraphe de conclusion). Vous affirmez par ailleurs que la maternité « n’est pas sans risque pour la santé, physique et/ou psychologique de la femme. ». Il est étonnant que vous rappeliez de telles évidences quand il s’agit de vous opposer à la GPA, et que vous les oubliez totalement quand vous votez des budgets qui diminuent drastiquement les moyens à la santé, notamment la santé sexuelle des femmes, ou les subventions aux associations qui assurent information, accès à la contraception, prévention du VIH et des IST, orientation vers une IVG. Oui, la maternité n’est pas sans risque, mais les risques s’aggravent quand une majorité politique, reniant ses promesses électorales, fait fermer ou réduit l’activité des services hospitaliers, des maternités, des centres IVG, précarise les associations concernées. Cet été, le Planning familial de Marseille a dû fermer deux semaines fautes de moyens. Jamais ce n’était arrivé sous la droite. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Comment justifiez-vous votre soutien à une politique qui amène les femmes à être exposées à plus de risques dans leur vie sexuelle et pendant la maternité ? Comment justifiez-vous que vous n’en parliez que pour des questions de principe, et pas concrètement, dans les choix budgétaires que votre majorité a votés, et que vous avez donc cautionnés ?

Face à de telles contradictions, incompatibles avec un débat de haut niveau, il semble ensuite presque risible de vous faire remarquer à quel point votre choix de publier une telle lettre aujourd’hui est lamentable. Aujourd’hui a été rendue une autre décision (rassurez-vous, par une Cour bien française de souche, celle-là) qui représente une sécurité supplémentaire pour les couples de femmes ayant eu recours à la PMA. Que vous brouillez un tel message, porteur d’espoir, avec votre lettre ouverte est peut-être une fâcheuse coïncidence. Mais il est aussi permis d’y voir une stratégie d’évitement pour ne pas évoquer les promesses socialistes reniées concernant la PMA.

De même, alors que vous auriez pu sortir cette lettre il y a plusieurs semaines, vous choisissez de le faire quelques jours avant la nouvelle édition d’une manifestation homophobe et sexiste. Vous fournissez ainsi un argumentaire de choix à tous les sites d’extrême-droite – qui ont eu d’autant moins de mal à relayer votre rhétorique que vos sorties xénophobes trouvent un écho dans leur politique éditoriale.

Soyez assuré-es que le débat de qualité aura lieu. Soyez assuré-e que ce n’est pas votre prose qui le lancera : elle rassemble tout ce que la politique politicienne fait de plus démagogique et hypocrite.

Veuillez agréer l’expression de toute ma colère

Jérôme Martin

Citoyen

Militant de la lutte contre le sida

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Lire les suites de cette lettre ouverte et les propos homophobe que m’a tenu le député Gille Savary sur ce billet.

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Lettre ouverte envoyée aux députéEs suivantEs :

  • Anne-Yvonne Le Dain, députée de l’Hérault
  • Jean-Yves Le Déaut, députée de Meurthe-et-Moselle
  • Emilienne Poumirol, députée de la Haute-Garonne
  • Jean-Louis Gagnaire, député de la Loire
  • François Loncle, député de l’Eure
  • Bernadette Laclais, députée de Savoie
  • Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle
  • Marcel Rogemont, député de l’Ille-et-Vilaine
  • Gilles Savary, député de Gironde
  • Sandrine Hurel, députée de Seine-Maritime