Si Nicolas Sarkozy était honnête et courageux, voici le discours qu’il aurait tenu devant ses pairEs homophobes de Sens commun :

« Je souhaite être élu président pour échapper à la justice qui ne cesse d’accumuler les preuves contre moi. Mais vous reconnaîtrez que pour se présenter, c’est un programme un peu maigre. Je dois donc me constituer un discours.

« Dans ce contexte, la majorité socialiste me met dans une très grande difficulté pour me positionner comme leur adversaire. En effet, François Hollande adhère de façon encore plus décomplexée à l’idéologie économique, sociale ou politique que j’ai soutenue quand j’étais chef de l’état ou ministre sous Chirac – et il rencontre bien moins de résistance que l’UMP pour parvenir à ses fins.

« Plus de sans-papiErEs sont viréEs ; plus de services hospitaliers, de maternités, de lits d’hôpitaux, de centres IVG sont fermés ; les moyens à l’Éducation nationale, notamment l’éducation prioritaire, sont baissés, alors même que les journalistes relaient sans y voir de plus près le discours officiel d’une soi-disant augmentation ; toutes les promesses électorales sont piétinées ; les rroms sont encore plus stigmatisé-es qu’il ne l’était sous la droite ; des dizaines de milliards d’euros sont enlevés de la solidarité nationale, de la santé, de la culture, de l’éducation, des transports en commun, pour être donnés aux plus riches de ce pays, sans contrepartie ; les forces de l’ordre peuvent tuer un manifestant pacifiste sans qu’un membre du gouvernement ne démissionne, contrairement à ce qu’un ministre de droite avait dû faire lors de l’assassinat de Malik Oussekine ; jamais la société civile n’avait été autant méprisée par un pouvoir politique ; une loi passe en catamini, en procédure accélérée, qui musèle internet au nom de la lutte contre le terrorisme ; la ministre de la santé, une des plus médiocres que ce pays ait jamais connuEs, peut continuer à ignorer les associations de malades, refuser de les recevoir, sans que quiconque n’y trouve à redire ; etc, etc.

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« Bref, en deux ans et demi, la majorité socialiste n’a cessé de décliner le slogan : ‘l’UMP l’a rêvé, le PS le fait‘.

« Dans ces conditions, vous avouerez que me présenter comme une alternative aux socialistes est d’une grande difficulté. Il me reste donc la surenchère sur le seul thème où les socialistes peuvent encore, momentanément, faire illusion : les minorités sexuelles. En ouvrant le mariage aux couples de même sexe, le PS a dû faire face à une opposition résolument homophobe, qui a donné l’illusion de la masse, alors que vous n’avez que pour vous les moyens financiers, et les réseaux des associations catholiques réactionnaires. Cela a permis pour un temps aux socialistes de donbner à celles celles et ceux qui avaient voté PS parce qu’ils et elles n’en pouvaient plus de l’UMP le sentiment fugace qu’ils/elles avaient eu raison. Ce seul sujet est donc un sujet d’opposition politique. Car pour le reste, le PS fait de l’UMP, et bien mieux que l’UMP.

« Dès lors, le passage obligé de ma candidature passe par des affirmations homophobes puisqu’il s’agit de la seule thématique qui fasse clivage. Certes, je me suis contredit en quelques semaines sur le sujet, vous appelant d’abord « fascistes en loden » comme on appelle un chat un chat, pour ensuite parler de dégoût face aux médias LGBT et de « réécriture » de la loi Taubira et enfin, devant vous, d’« abrogation » pour la seule raison que vous me hurlez ce mot et que ce serait insulter les girouettes de dire que j’en suis une.

« Mais je tiens à vous rappeler que, malgré mes propos récents un peu chaotiques, mon homophobie foncière et viscérale ne saurait être remise en cause. Ne suis-je pas celui qui a refusé en 2005 d’exclure Vanneste de mon parti ? Il avait pourtant dit que l’homosexualité était une menace pour la survie de l’humanité et je m’étais engagé devant des représentantEs d’Act Up-Paris et de SOS Homophobie, à l’exclure en cas de récidive, ce que Vanneste faisait le jour-même ? N’est-ce pas là une preuve de ma sincère homophobie ?

« La fenêtre est courte, et le chemin pentu. Car le clivage qu’a offert un temps le PS sur la question des droits des LGBT s’estompe. N’entend-on pas déjà un député socialiste comparer les enfants d’homosexuelLEs à des animaux d’adoption, sans qu’il n’y ait la moindre sanction au sein de son parti ? Et de façon plus générale, la trahison des socialistes à l’égard des autres promesses concernant les LGBT, leur lâcheté face aux attaques contre les études sur le genre ou les ABCD de l’égalité, tout cela vous donne raison et voix, à vous, mes braves amiEs homophobes et sexistes.

« Sans compter que la politique budgétaire des socialistes va dans votre sens : une recherche amputée travaillera moins sur les questions de genre et d’inégalités ; des subventions diminuées aux associations entraveront les actions contre l’homophobie et le sexisme, pour les droits des LGBT et des femmes. A Marseille, le Planning familial a dû fermer 15 jours ses portes cet été, ce qui ne s’était jamais produit sous l’UMP. Reconnaissez que vous avez dans la politique budgétaire du PS une alliée de choix pour faire valoir toutes vos marottes : l’avortement, la contraception, l’éducation sexuelle, l’égalité homme-femme, etc.

« Si les socialistes persévèrent, soutenus en ce sens par bon nombre de médias qui ont fait de vous le pôle d’un débat d’idées, ils vous auront donné un tel poids que ma propre voix sera inaudible. Il est donc essentiel que je joue la surenchère, ce que je m’engage à faire dès maintenant.

« Car tout, plutôt que l’on se mette à parler en une de médias des financements de ma campagne, de détournement d’argent et de la place que j’aurais pu occuper. Cela vaut bien de cracher avec vous sur quelques pédales et travelos. »

Voilà ce que Nicolas Sarkozy aurait dit s’il était honnête et courageux.

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Les photos sont celles d’un zap d’Act Up-Paris contre le siège UMP en février 2005, suite au refus du parti d’exclure Christian Vanneste.