Ce matin, sur LCI, Christian Estrosi a insulté deux morts et leur famille. Il était invité à réagir à la relaxe des policiers que Zyed et Bouna avaient fuis, trouvant peu après la mort. Estrosi a estimé que les ados étaient mal élevés par leur famille. Il est allé jusqu’à leur inventer un délit, celui d’excès de vitesse, alors que les jeunes étaient à pied. Interprétée comme une confusion avec les événements de Villers le Bel, où deux jeunes à moto, roulant trop vite et sans casque, avaient trouvé la mort, la sortie d’Estrosi est de fait la conséquence logique d’un racisme qui peut s’exprimer d’autant plus librement qu’il est impuni et qui tient en une équation : jeunes racisé-e = délinquant-e.

Seul ce racisme explique qu’on puisse confondre aussi facilement des affaires impliquant des jeunes de couleur. Tous pareils ! Et ils sont si mal élevés par leur famille, hein ! Avec un tel raisonnement, il est facile de prêter à chacun-e d’entre eux-elles un délit imaginaire : « si ce n’est toi, c’est donc ton frère (…), c’est donc quelqu’un des tiens ». Le loup de la fable nous apprend tout autant le fonctionnement de l’essentialisation raciste que celui de la loi du plus fort.

Jean-Baptiste Oudry - Le loup et l'agneau

Quand il s’agit de jeunes de couleur, à qui la justice n’a rien reproché, il n’y a aucune présomption d’innocence pour le député UMP : ce sont des « délinquants », « la justice a tranché », et même si ce n’est pas le cas, on peut ensuite leur inventer des délits sans s’excuser une fois le mensonge révélé. Mais quand il s’agit d’un ami blanc, riche, célèbre, ayant du pouvoir, mis en examen et objet d’enquêtes dans une demi-douzaine d’affaires, Estrosi crie à l’atteinte à la présomption d’innocence et au complot politicien. Qu’on soit blanc ou noir, la présomption d’innocence n’a pas la même valeur pour le parlementaire.

Ce qui est présentée comme une « erreur » d’Estrosi n’est rien d’autre, assortie d’un irrespect pour les morts et leurs proches, qu’une version télévisée du contrôle au faciès.