Voici l’interview sans concession qu’un jour, peut-être, Anne Lorne (La Manif pour Tous, Sens commun, récemment nommée secrétaire nationale des « Républicains » en charge de la petite enfance) donnera à Eugénie Bastié (Causeur, Figarovox). Une exclusivité piquée par anticipation au Gorafi.

Eugénie Bastié : Quelles vont être les priorités de votre mandat au sein des « Républicains » ?

Anne Lorne : J’entends participer à la rectification d’identité du parti de Nicolas Sarkozy, et soutenir la stratégie entamée avec le changement de nom de l’UMP. J’ai pour mandat de détourner l’attention des médias des enquêtes qui concernent le chef des « Républicains » en proposant des éléments de langage autour de la défense de la famille destinés à susciter une polémique-écran.

EB : Pouvez-vous nous donner un exemple ?

AL : Volontiers. Supposons qu’un journaleux stalinien de Merdiapart révèle de nouvelles preuves accablantes dans le dossier Bygmalion. Je mets alors à disposition des communicant-es des Républicains une base de données actualisée de propos contre les droits des homosexuel-les (« J’abolirai la loi Taubira », « J’ai du respect pour les personnes homosexuelles, mais les enfants n’ont pas à subir la perversité de leur choix de vie », « Il faut en finir avec l’épidémie gay ») ou des trans (« Peut-être faudrait-il des centres fermés qui accueilleraient ces créatures avec fermeté et humanité pour les réconcilier avec leur sexe ») que Nicolas pourrait prononcer publiquement. Ce faisant, j’aide à attiser une controverse publique qui fournira aux télés et médias de masse une excuse facile pour ne pas enquêter sur l’affaire judiciaire.

EB : Mais qu’en est-il de la réalité de vos combats si Nicolas Sarkozy ne les soutient que pour faire écran ?

AL : Toute publicité est bonne à prendre. Le relais par les médias d’une intervention polémique et des réactions indignées sert notre objectif, les journalistes présentant ainsi nos idées comme des propos acceptables dans un débat démocratique. L’effet de répétition fait le reste, et au vu de toutes les affaires qui inquiètent Nicolas, de la répétition, il va y en avoir ! Pour ne pas lasser, l’UMP songe à recruter Philippe Tesson comme secrétaire national sur la laïcité. Son mandat sera le même, mais lui ciblera les musulman-es.

EB : Tout de même, vous en êtes réduit à jouer les utilités ?

AL : Mais tout le monde fait cela de nos jours. Regardez Manuel Valls et ses Falcone. Que fait-il face à la polémique : il rafle des réfugié-es demandeurs-eresses d’asile et condamne l’extrême-gauche. Il lui manque encore de l’expérience, l’élève est loin de son maître, mais l’idée est là.

Le nouveau jouet

EB : Qu’advient-il de vos combats pour la petite enfance ?

AL : Mais Nicolas Sarkozy a tant ce choses à nous apprendre sur l’exploitation médiatique de la petite enfance qui est au centre des préoccupations  de la Manif pour Tous !

Souvenez-vous du début de son ascension médiatique, quand, maire de Neuilly, il n’a pas hésité sous les yeux des caméras à ravir à ses parents un petit maternelle libéré d’une prise d’otages de deux jours pour faire des images. Cette exploitation de la détresse des plus jeunes dans un but purement politicien, c’est du grand art ! Quel dommage qu’il n’ait pas eu la présence d’esprit de dire à ce moment là : « Alors que ce petit vient d’échapper à un grand danger, d’autres enfants en devenir sont menacés par une terreur bien plus terrible : l’avortement ! ». Mais je suis là pour éviter ce genre d’oubli ! (rires)

EB : Pensez-vous à terme à un poste ministériel en cas de victoire de Nicolas Sarkozy ?

AL : Nous n’en sommes pas là. Au reste, il y a encore beaucoup à espérer de François Hollande. Genre, PMA, débat sur la GPA, euthanasie : les socialistes reculent si facilement face aux pressions qu’avec de la persévérance, nous obtiendrons qu’eux-mêmes abolissent la loi dénaturant le mariage ! Quant à l’avortement, si la réaffirmation de son droit à l’occasion des 40 ans du texte génocidaire ou la suppression à l’Assemblée de l’obligation de délai de réflexion nous ont contrarié-es, nous nous sommes bien consolé-es en remarquant que les baisses budgétaires décidées par les majorités étaient une entrave bien plus importante que toute déclaration de principe ! Pourquoi donc nous priver de socialistes aussi conciliant-es avec nos idées ? Pourquoi s’encombrer à chercher, prendre et garder le pouvoir quand faire peur aux socialistes suffit à nos idées pour gagner du terrain ? J’ai juste changé de moyen d’action, passant du combat de rue le plus âpre, à celui des bureau des partis, qui n’en est pas moins dur (rires).

EB : Vous n’allez donc pas être force de proposition ?

AL : Bien sûr que si ! Nous travaillons à une proposition de loi centralisant un fichier des structures homoparentales (je refuse de parler de famille), avec leur adresse, et rendant obligatoire la présence d’un drone de surveillance pour intervenir le plus vite possible en cas d’abus.

EB : Défendre la petite enfance, c’est donc bien défendre la famille traditionnelle.

AG : Oui, d’ailleurs, sous mon impulsion, les Républicains vont lancer une grande consultation sur la solidarité avec les seniors, nos aînées. Nicolas Sazkozy et Éric Woerth y parleront de leur expérience avec Mme Bettencourt et Ludivine de la Rochère de Marthe Gautier. Ce sont ces expériences qui nous rendent si légitimes pour défendre les valeurs dans lesquelles on doit élever les enfants et respecter les aînées.

EB : Dernière question…

AG : Excusez-moi, je dois partir. Un proche de Nicolas va encore être mis en examen, je dois aller à la réunion de crise.