Un enfant de deux ans peut diriger la MDPH du Lot. Sa directrice actuelle, elle, peut revoir ses cours de droit et prendre un peu de temps pour interroger son éthique.

La MDPH du Lot a supprimé dans des conditions détestables une prestation pour handicap à une personne vivant avec le VIH. Pour ses raisons, Act Up-Sud Ouest a zappé l’administration ce matin. La directrice défend la décision en invoquant des vidéos vues sur des réseaux sociaux, postés par la personne, qui prouveraient son autonomie. Parce que l’intéressé publie des vidéos où il court trente secondes avec son chien, la MDPH assume la suppression de la prestation.

Quand on est capable d’expliquer que le Conseil général paie les fonctionnaires d’une administration dédiée au handicap non pour analyser avec les personnes leurs besoins, mais bien pour interpréter contre elles, sans elles, leur mur Facebook pour évaluer leur handicap, il vaut mieux être armé-e tant du point de vue juridique et légal que du point de vue médical.

Pour ma part, je ne connais pas les articles de la loi de 2005 sur le handicap, les décrets d’application, les directives européennes, les conventions internationales, les conférences de consensus, les recommandations thérapeutiques, ou les communiqués d’associations qui encadrent juridiquement l’évaluation du handicap via les réseaux sociaux. Je suppose donc que la directrice de la MDPH du Lot sera capable de citer tous ces textes.

Si elle n’y arrive pas, je peux lui présenter un petit bout de chou de deux ans.  Ses parents et lui ont cohabité avec moi pendant une semaine. Depuis trois mois, atteint d’une hernie qui m’a cloué au lit trois semaines, vivant avec un corset très visible que je dois encore porter 6 mois, très prudent dès qu’il s’agit de me baisser ou de porter des trucs lourds, j’ai vécu avec ce petit bonhomme non stop une semaine.

Forcément, il voulait jouer avec moi, voulait que je le porte à certains moments comme d’autres adultes pouvaient le faire, comme je le faisais avec lui avant. Il a donc fallu lui expliquer que je ne pouvais pas même si j’avais envie, en lui expliquant que me porter me ferait mal. On lui a notamment montré mon corset, qu’il pointait lui-même en disant « bobo ». Le handicap lui avait été présenté, et il l’avait reconnu.

Mais un matin de la semaine, il m’a surpris à la sortie de la salle de bain, torse nu, sans mon corset et a regardé mon ventre en disant d’un ton très suspicieux : « Bobo ???? », vu qu’il n’y avait aucune blessure, rien qui laissait apparaître le handicap, et que je rigolais tout le temps. Il a donc fallu lui expliquer que parfois, les bobos, cela ne se voyait pas, et qu’on ne pleurait pas toujours, même quand on avait bobo. Ce qu’il a parfaitement compris à deux ans – alors que des adultes payé-es par l’État pour aider les handicapé-es refusent de le faire, même en passant plus de six mois sur leur dossier médical. Au contraire, le dossier est de peu de poids vu qu’ ils et elles épluchent les comptes des réseaux sociaux des demandeur-ses MDPH pour détecter la personne à qui on pourra hurler « bobo??? »

Deux jours plus tard, alors que j’étais seul avec ce petit, qu’il fallait le porter pour descendre un escalier et que je lui tendais les bras,  il a pointé mon corset en interrogeant à nouveau « bobo ? ». Sauf que là, ce n’était plus le soupçon que je me foutais de sa gueule, c’était de la vraie sollicitude, genre, fais gaffe à toi. Et là, il n’y a plus aucune comparaison possible avec la directrice de la MDPH : autant d’égards pour une personne dont le handicap ne se voyait pas, pour une adulte en charge de ces questions, c’est impossible.

Un enfant de deux ans à la tête de la MDPH, est-ce aussi absurde que d’affirmer qu’on évalue votre handicap grâce à vos posts sur Facebook ?