Rappel des faits : dans la cadre de sa propagande, le maire FN Steeve Briois publie des photos de lui, en maillot, dans une piscine, entouré d’enfants. Un élu socialiste, par ailleurs secrétaire fédéral adjoint du PS, s’en indigne : il s’agirait là de démagogie digne de Mussolini (dont il publie une photo similaire à la plage), de prostitution et on friserait la pédophilie. Des élus FN publient une lettre ouverte condamnant l’homophobie de tels propos. Voici quelques réflexions que l’article de Yagg et les commentaires ont suscités. A mon sens, un des enjeux centraux, la stigmatisation des prostituéEs, n’a pas été assez mise en avant.

1/ Le maillot de bain est politique, que son exhibition soit au cœur de visions antagonistes du féminisme ou qu’une baston publique que son port suscite soit le prétexte à une débauche d’islamophobie (la meilleure ananlyse de cette polémique en est une parodie). Le maillot de bain du FN déplace l’enjeu : du sexisme et de l’islamophobie, on passe à l’homophobie la plus crasse, qui amalgame homosexualité et pédophilie ; on passe aussi à la récupération de l’homophobie par un parti homophobe ; sans compter l’expression la plus banale du mépris envers les travailleuses du sexe, qui était aussi en creux dans les polémiques précédentes, et qui est portée tant par le FN que par le PS.

2/ Le FN devrait se méfier des piscines. Ce n’est pas la première fois qu’on s’en sert contre ses représentantEs. En mai 2013, c’était Jean-Marie Le Pen qui annonçait à un meeting que sa fille, avec laquelle il ne s’était pas encore brouillé, était tombée dans une piscine vide et ne pouvait venir. On voit déjà bien là la perfidie du père, puisqu’il aurait pu se contenter d’évoquer un incident sans ce détail. Parler de chute dans une piscine vide permettait de ridiculiser Marine Le Pen. Ma première pensée était qu’elle avait bu un cocktail de trop en attendant que les domestiques finissent de nettoyer la piscine, ce qui fait un peu tâche dans le discours « je suis proche du peuple » du FN. La version officielle de cet incident est qu’elle était tombée en faisant du jardinage. « J’ai une piscine, mais je me salis les mains » : bon moyen de retomber sur ses pieds.

3/ La piscine d’ Hénin Beaumont était, elle, pleine. Il est donc heureux que Steeve Briois s’y soit plongé en maillot de bain, et non en costume-cravate. UnE éluE porte des bottes, un bonnet, un casque quand il.elle se fait photographier dans une ferme, près de skieurSEs ou sur un chantier. Que les photos ci-dessous soient de beaux exemples de comm politicienne, on n’en doute pas. L’indécence démagogique ne viendrait-elle  que de la présence des enfants et du maillot de bain, pas du principe même de ce genre de clichés?

Valls en blouse dans une usine. Photo Homepuzz.

Valls en blouse dans une usine. Photo Homepuzz.

 

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Royal remet une décoration à une vache. Photo de l’Express.

4/ Car la piscine n’est pas pleine que d’eau, elle est pleine d’enfants. On ne saura pas si le droit à l’image des enfants a été respecté dans les photos originales, ni le consentement des parents recueillis. Notons que l’élu socialiste Filipovitch ne se pose pas la question et reproduit ainsi une des photos. S’est-il préoccupé de savoir si ces enfants, et leurs parents, aimeraient voir leur image ainsi diffusée, leur corps servant de prétexte à une polémique politicienne, et comparés au public entourant Mussolini ?

5/ « Cette présence d’un homme photographié dans l’eau avec des mineurs est déjà très limite ». Le responsable socialiste pourrait facilement arguer qu’il n’a pas évoqué l’homosexualité de Briois, qu’on ne peut donc l’accuser de poser l’équation homophobe « Homosexualité = pédophilie ». Mais, l’orientation sexuelle du maire FN est suffisamment connue, et a assez fait la une, pour que le représentant d’un parti censé lutter contre la haine anti-LGBT fasse un peu attention avec ce type d’insinuation. D’autant que quelques lignes plus tôt, Filipovitch opposait ces photos, officielles, à celle « volées d’un paparazzi, violant l’intimité d’un personnage public. » Comment ne pas y voir une référence à la façon dont l’homosexualité d’un autre dignitaire du FN, Florian Philippot, a été rendue publique ? Là encore, Filipovitch pourrait dire que cette association d’idées n’est pas volontaire. On lui répondrait dès lors que dans un papier entendant donner des leçons sur l’indécence dans la communication politique, il serait bon de faire attention à ce qui est écrit, et que, volontaire ou non, le résultat est le même : ces propos sont bien homophobes.

6/ Dans les commentaires de l’article de Yagg « Steeve Briois dans la piscine d’Hénin-Beaumont: pourquoi l’accusation d’homophobie fait plouf », le titre et la teneur du papier sont très critiqués car ils remettraient en cause l’homophobie même des propos de Filipovitch. J’ai plutôt l’impression que Yagg a insisté sur l’hypocrisie du FN en y dénonçant l’agitation d’une « homophobie de circonstance » contre la violence même des propos du FN. Cette hypocrisie est réelle. Le FN est un parti homophobe, opposé à l’égalité des droits, tout autant qu’un parti sexiste, raciste, antisémite et islamophobe. De nombreux candidatEs FN ont tenu des propos bien plus explicites et plus violents que ceux de Filipovitch. On peut relire une atnthologie à ce lien. Faut-il relativiser l’homophobie quand c’est unE éluE du FN qui en est victime ? Inversement, faut-il taire l’hypocrisie du FN et cette dénonciation de l’homophobie ? Entre l’article de Yagg et les commentaires, on a l’impression que répondre non à une question entraîne obligatoirement de répondre oui à l’autre. En réalité, il est assez simple, et nécessaire, de dénoncer l’homophobie de ce dignitaire socialiste ET l’hypocrisie du FN.

7/ « Etre prêt à tout, se déshabiller pour s’attirer les faveurs, cela porte un nom… ». Pour Filopevitch, se prostituer est si répugnant qu’on ne peut en prononcer le mot. Les éluEs FN qui lui répondent l’écrivent, mais pour bien expliquer à quel point la comparaison est dégradante. Il y a donc bien unanimité ici pour stigmatiser les travailleuses du sexe. Et, au-delà, réactiver les bonnes vieilles critiques sexistes sur la promotion canapé de celles (parce que le masculin utilisé par Filipovitch ne doit pas tromper) qui se déshabillent pour attirer les faveurs. Seuls un ou deux commentaires sur Yagg l’ont mentionné. On pensait que la doctrine officielle du PS était de considérer la prostitution comme une violence faite aux femmes et les prostituées des victimes aliénées à traiter avec compassion. Les propos du secrétaire fédéral adjoint montre la haine que cache ce discours paternaliste et condescendant. Rien ne sera pire que de faire la pute.

8/ Qu’est-ce qui est plus dégradant, pourtant ? « Se déshabiller pour s’attirer les faveurs » ou renier toutes les promesses de changements sociaux, politiques, économiques qu’on a prises pour se faire élire ? Cracher sur la PMA pour les couples de femmes, le changement d’état civil gratuit, sans juge ni psy pour les trans, le droit de vote pour les étrangEREs, la lutte contre la finance, une meilleure répartition des richesses ? Avoir promis le « changement maintenant » et renforcer le démantèlement de l’Education nationale ou du système de santé commencé par l’UMP, voter une loi de surveillance généralisée que n’auraient pas rêvée les pire réac sarkozystes, chasser des migrantEs venuEs demander de l’aide  ? Soutenir le lobby du nucléaire ou des banques qu’on avait dénoncé dans sa campagne ? Détruire le droit du travail ? Pas un jour ne se passe où l’on ne révèlent l’indécence du PS, les trahisons des engagements électoraux et des principes. Ce n’est pas dégradant, cela, pour unE responsable politique ?

9/ Cette polémique et le paradoxe apparent qu’elle met en scène – ce sont des éluEs du FN qui accusent un socialiste d’homophobie – doivent être un énième avertissement pour le PS. Il ne vous sera plus possible d’agiter le FN comme épouvantail pour dissimuler vos propres turpitudes. Ce sont elles, et non les critiques qu’exerce l’ensemble des forces progressistes du pays contre votre politique, qui font le lit de l’extrême-droite.