L’idéologue homophobe Eugénie Bastié se prend un yaourt dans la figure lors d’une émission télé. Aussitôt, c’est la litanie victimaire qu’elle entame avec ses allié-es : il s’agirait d’une horrible « agression » venant de méchant-es « LGBT ». Petit rappel : quand Bastié se prend un yaourt dans la gueule,  nous nous prenons des barres de fer. Et Bastié se fout de notre gueule lorsque nous dénonçons cette violence.

Un des rôles de Bastié consiste précisément à invisibiliser la haine dont nous faisons l’objet, à présenter l’homophobie comme étant une opinion valable. Une des conséquences de l’action dont elle a été la cible, c’est de montrer que non, une parole de haine, d’oppression, n’est pas une parole comme les autres.

Comme la plupart des vendeur-ses de haine, Bastié est lâche. Elle voudrait ne pas avoir à assumer la violence qu’elle exerce. Les agressions homophobes ont explosé depuis la Manif pour tous, Bastié a contribué à banaliser cette violence, et voudrait ne pas avoir à rendre des comptes. Les jeunes homos se suicident bien plus que les autres, et Bastié devrait pouvoir continuer en toute impunité à dire que nous sommes inférieur-es, que nous ne méritons pas les mêmes droits et ignorer que ces discours dévalorisant contribuent à ce taux de suicide. Elle voudrait se présenter comme la défenseuse des familles en oubliant qu’elle méprise les nôtres, et qu’elle et ses allié-es mettent en danger nos enfants.

Symptôme et de sa violence, et du sentiment d’impunité avec laquelle elle l’exerce, elle s’est permise d’ironiser sur les néologismes en -phobie créé par les groupes minoritaires comme « transphobie », sans jamais évoquer les néologismes forgés par ses amis catholiques dominants – comme « cathophobie ». Or, dans le premier cas, ces mots nouveaux permettent aux victimes de l’oppression de nommer la violence dont ils et elles font l’objet. Dans le second cas il s’agit d’une pâle imitation d’oppresseur-ses pressé-es de se présenter comme victimes pour mieux masquer leurs privilèges et leur domination.

Bastié refuse donc aux minorités le droit de nommer ce qui les touche directement, la violence que nous subissons. Elle a déjà un accès privilégié à des médias dominants – ce qui n’est pas le cas de celles et ceux sur qui elle crache – mais ce n’est pas suffisant : il faudrait qu’elle, et ses ami-es catholiques, puissent maîtriser les mots que nous entendons utiliser pour parler de notre situation. Et elle le fait en se foutant de notre gueule. Nous sommes frappé-es, insulté-es, discriminé-es et Bastié se fout de notre gueule lorsque nous mettons un mot sur cette violence. Comment « débattre » avec de telles personnes, qui ont tout pour elles au niveau matériel, culturel, médiatique, qui n’ont que haine et mépris pour nous, qui refusent même les noms que nous donnons aux violences qu’elles exercent contre nous ?

Insultes, discriminations, violences physiques, meurtres : voilà le résultat direct, concret, de l’impunité dans laquelle les Eugénie Bastié, Christine Boutin, Nadine Morano, Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, etc. vomissent leur haine à notre égard.

Supposons maintenant que ce soient bien des militant-es LGBT qui aient mené cette action (les haines de Bastié sont vastes : xénophobie, sexisme anti-féministe, racisme, islamophobie, etc.). Et interprétons les faits tels qu’on nous les raconte – à défaut de toute revendication. En se prenant du yaourt dans la figure, Eugénie Bastié n’a pas été victime d’une « agression »  ; elle a fait l’objet d’une rectification d’identité, qui rappelle la violence de ses discours. Qui dit aux médias que non, cette parole de haine ne peut être banalisée, ni mise à égalité avec celle des victimes de l’homophobie. Et c’est bien cette rectification d’identité que Bastié ne peut supporter.