Valls est le responsable de la pire atteinte à la laïcité que la France ait connue ces dernières décennies. Un des ses premiers gestes comme chef du gouvernement fut de se rendre au Vatican et d’y annoncer que son gouvernement n’honorerait pas la promesse de campagne de François Hollande d’étendre la PMA (Procréation Médicalement Assistée) aux couples de femmes (voir un article à ce lien). Le message est clair : en matière de droit des lesbiennes, la laïcité est piétinée par le chef du gouvernement, c’est le pape qui dicte sa loi à la France et Manuel Valls n’en est que le messager. Comment ose-t-il aujourd’hui distribuer les bons et les mauvais points en laïcité ? Comment les polémistes qui prétendent défendre la laïcité peuvent-ils tenir cette atteinte pour négligeable ? Les militantEs LGBT doivent dénoncer cette hypocrisie.

Au reste, ce n’est pas la seule atteinte à la laïcité dont Valls, son gouvernement ou sa majorité se sont rendu-es responsables. Le retrait des ABCD de l’égalité en est une autre. Vous en voulez encore ? Le refus de faire progresser le droit des trans. L’absence totale de volonté de défendre la Ligne Azur, victime d’une campagne de diffamation orchestrée par une association de familles catholiques dans le cadre d’un partenariat avec le Ministère de l’Éducation nationale. Ce premier ministre, ce gouvernement, cette majorité abandonnent la laïcité quand il s’agit du droit des femmes, des homos, des trans, des lesbiennes1. Quand aux droits des travailleuses du sexe, la loi actuelle est un copier/coller du discours d’associations catholiques anti-IVG, anti-capotes, auxquelles on n’oppose jamais la laïcité quand elles interviennent auprès des politiques qui ne cessent de les reconnaître comme interlocutrices légitimes et exclusives.

Dès lors, l’intervention de Manuel Valls au dîner du Crif et ses invectives contre le président et le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité2 posent question. Quels crimes ont-ils commis ? Signer une pétition contre l’état d’urgence et recadrer une polémiste médiatique qui affirmait assumer l’islamophobie d’une certaine défense de la laïcité, compatible avec la stigmatisation de l’islam et des musulman-es. Et Valls de se poser une nouvelle fois en défenseur de la laïcité (une des dernières fois, ce fut pour l’anniversaire de la loi de 1905 à la BNF).

Pour quelle raison la laïcité pourrait-elle être mise de côté quand il s’agit du droit des lesbiennes, et brandie comme un étendard à chaque fois que l’islam est en jeu ? Il y a bien là un usage homophobe, sexiste et islamophobe (donc raciste) de la laïcité.

A ma connaissance, Elisabeth Badinter, pourtant favorable à l’ouverture de la PMA, n’a jamais dénoncé l’atteinte à la laïcité dont s’est rendue responsable Manuel Valls. Pas plus que les personnalités qui demandent aujourd’hui la tête du président et du rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité. Où étaient les Sifaoui, les Laborde, les Galvany, celles et ceux qui appellent « courage » le fait d’invectiver depuis des décennies des gamines voilées et leur famille, et qui se taisent quand le pouvoir politique cède aux pressions religieuses ? Ce silence en dit long : « Mais, au fond, il ne s’agit que des gouines, hein ? Pas important, ce qui compte, c’est la menace que fait peser l’islam et tous ces pas-de-chez-nous sur notre identité française ».

Les militantEs LGBT ne peuvent rester silencieuxSEs et doivent dénoncer cette hypocrisie. Cessons de cautionner cet usage raciste, homophobe et sexiste de la laïcité. Cessons de cautionner une majorité qui cède aux conservateur-rices religieux-ses, essentiellement catholiques, quand il s’agit de nos droits et noie sa lâcheté derrière un écran de fumée stigmatisant les seul-es musulman-es. Prenons la parole, dénonçons Manuel Valls comme le premier ennemi de la laïcité, dénonçons le dévoiement de la laïcité à des fins racistes, exigeons que le Vatican cesse d’imposer sa loi à la France quand il s’agit des lesbiennes.

Signer la pétition de soutien aux responsables de l’Observatoire de la laïcité, c’est déjà s’opposer à Valls et ses pressions pour faire cesser tout débat pluraliste sur notre société.

1 Et ne parlons même pas de l’euthanasie : alors même que l’immense majorité des citoyen-nes y est favorables, les parlementaires se contentent d’une sous-loi inutile dictée par les lobbys religieux.

2 Pour un rappel de la polémique qui commence avec les propos de Badinter sur France Inter appelant à assumer l’islamophobie pour défendre une certaine laïcité, voir cet article, paru avant l’intervention de Valls.Voir aussi la mise au point de l’historien Jean Baubérot après les propos du premier ministre.

Photo : Par Olaf Kosinsky — Travail personnel, CC BY-SA 3.0 de, $3