Voici le verbatim complet de l’interview donnée par Laurence Rossignol ce mercredi 30 mars 2016 sur BFM Télé. On y retrouvera en contexte la phrase, qui passera sans doute dans l’histoire comme un moment de vérité du racisme d’État de la République : « il y avait des nègres afri… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage, hein, » J’analyserai en détail ce verbatim dans un prochain billet. Pensez à signer la pétition exigeant des sanctions contre Laurence Rossignol.

L’interview commence et bourdin fait passer des images de défilés de mode où on voit des femmes à la tête couverte. Il demande à Laurence Rossignol ce qu’elle en pense, en rappelant son titre. Elle répond que c’est au titre de ministre du droit des femmes qu’elle pense quelque chose de cette évolution de la mode :

Ce qui m’a frappé, c’est les justifications, les arguments que donnent ces marques qui expliquent que, en fait, c’est juste des vêtements, mais qu’ils ne font la promotion d’aucun mode de vie, comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie. Or, dans l’histoire, par exemple dans les années 60, fin des années 60, les femmes peuvent avoir un compte en banque, elles vont à l’école, elles vont à l’université, elles accèdent à la contraception et en même temps les jupes raccourcissent ou elles mettent des pantalons aussi. Ce qui prouve bien qu’entre la tenue des femmes et leurs droits, il y a un lien. Parce que l’enjeu, c’est celui du contrôle social sur les corps des femmes. Et lorsque des marques comme toutes celles que vous venez de citer investissent ce marché de la tenue islamique [Bourdin : parce qu’il est lucratif, aussi] parce qu’il est lucratif et c’est un marché pour les pays d’Europe, c’est pas un marché pour les pays du Golfe. A ce moment-là, ils se mettent en retrait de leurs responsabilités sociales, et d’un certain point de vue, ils font la promotion de cet enfermement du corps des femmes. [Bourdin : ça vous choque ?] Bien sûr que ça me choque parce que quand on enferme le corps des femmes sous des vêtements qui vont des orteils jusqu’au bout des doigts, l’enfermement global n’est pas loin pour elles derrière. Et mon sujet, c’est l’ensemble des femmes musulmanes qui vivent en France aujourd’hui et qui sont sous la pression, sous l’emprise grandissante de groupes salafistes qui se sont mis en situation de dire aux musulmans de France ‘voilà qui est un bon musulman et qui n’est pas un bon musulman’. Et en fait, ces musulmans qui ne demandent qu’à vivre – 4 millions et demi de musulmans qui vivent en France et qui ne demandent qu’à vivre dans le respect des lois de la République mais aussi dans le bénéfice des lois de la République. Parce que la République apporte aux femmes de l’égalité, apportent à tous de la fraternité et à chacun de la liberté. Or, ces tenues, elles révèlent l’enfermement du corps des femmes et bien entendu nous observons que c’est accompagné dans de nombreux quartiers de phénomènes sur la voie publique qui sont très intéressants à observer. Par exemple on voit de moins en moins de femmes dehors, dans la rue, dans les cafés ; on voit de moins en moins de femmes vivre de manière libre dans les quartiers. C’est pour ça d’ailleurs, et c’est ce que je fais de ma place, car il ne suffit pas de commenter, il faut aussi aider, ce que je fais de ma place, c’est que j’aide, je suis avec attention ce que font des groupes de femmes. [Bourdin : mais ce sont des grandes marques qui mettent ces femmes à la devanture, qui jouent – je lisais un sociologue de la mode qui disait qu’on assiste à un véritable tournant (Il semble citer en lisant) : « pour la première fois des tenues islamiques sont créées, il y a un enjeu idéologique et financier. Il y a un enjeu idéologique contre lequel vous pouvez quoi?]. Ce qu’on peut faire c’est parler, c’est dire, c’est mettre des mots sur ce qui se passe. [Bourdin : on ne peut pas interdire, on ne va pas interdire]. La vie ne se passe malheureusement pas de façon binaire entre j’interdis et j’autorise, bien sûr on ne peut pas interdire, mais en même temps, ma place, mon rôle, c’est d’aider les femmes qui veulent résister à cette emprise des salafistes dans les quartiers. Il y a des groupes de femmes, à Aubervilliers par exemple, des femmes qui tous les 15 jours, s’installent dans les cafés de manière ostentatoire en disant « les cafés, c’est aussi pour les femmes, on n’est pas recluse à la maison ». Il y a la brigade des mères qui fait quelque chose d’identique, c’est-à-dire qui résiste à cette pression, à cette emprise salafiste. On est vraiment – le mot emprise qu’on utilise pour les sectes est un mot qu’il faut utiliser pour l’emprise salafiste – et qui sont une menace, pas tant pour la société française – je ne crois pas au Grand Remplacement et à tous ces fantasmes que développe une extrême-droite qui manipule la laïcité en faisant juste un appel à notre cerveau reptilien et à la peur de l’autre. Ce que je crois en revanche, c’est que nous avons le devoir de garantir à tous ceux qui vivent en France et aux Franco-musulmans qu’ils y vivent bien. Et ils vivent bien s’ils sont protégés de ces menées, de ces gens qu se sont mis en situation de dire : c’est nous qui disons la loi publique et la loi sociale [Mais la pression est telle sur de nombreuses femmes qu’elles résistent puis elles abandonnent] Mais elles résistent et elles abandonnent si elles ne sont pas soutenues, si elles ne sont pas aidées. On a fait des grandes erreurs dans le passé, par exemple quand on a mis en place la politique des grands frères [Et puis certaines choisissent aussi] Mais bien sûr, il y a des femmes qui choisissent, hein, il y avait des nègres afri… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage, hein, et puis [Ouais, vous ne croyez pas vous, à une femme qui choisit] Je crois que ces femmes sont pour beaucoup d’entre elles des militantes de l’islam politique et je les aborde comme des militantes c’est-à-dire que je les affronte sur le plan des idées et je dénonce le projet de société qu’elle porte. Je crois qu’il peut y avoir des femmes qui portent un foulard parfois, et puis il y a des femmes qui veulent l’imposer à tout le monde parce qu’elles en font une règle publique. C’est toute la différence dans la laïcité entre la foi et l’islam politique, ou la chrétienté politique, à chaque fois que la religion cherche à établir des règles pour tout le monde, nous sortons de la laïcité. Et aujourd’hui effectivement, il y a des femmes qui militent pour l’islam politique et il y a des femmes qui effectivement subissent la pression globale des quartiers et qui au bout d’un moment finissent par céder. Nous notre rôle, c’est de les aider, c’est de les soutenir, c’est de les mettre en situation d’affronter l’islam politique. Et affronter l’islam politique, c’est leur donner des armes d’abord idéologiques, intellectuelles, des lieux où elles peuvent être présentes et puis aussi des activités, des associations qui sont là, qui résistent et que nous devons soutenir. C’est ce que nous faisons, c’est que j’essaie de faire aujourd’hui et surtout je parle, je dis « non, on ne peut pas admettre que c’est banal, que c’est anodin que de grandes marques investissent ce marché et en fin de compte, mettent les femmes musulmanes dans la situation de devoir porter ça, c’est la pression qui est faite sur elle, donc c’est irresponsable de la part de ces marques. Nous les politiques, on est souvent mis en situation de rendre des comptes, on en appelle à nos responsabilités. Mais dans une société, il n’y a pas que le politiques qui a des responsabilités. Il y a tous ceux qui participent des représentations de l’image de la société qui donnent à voir le monde dans lequel on vit, ça va de ceux qui font les publicités à ceux qui font les émissions de télé et aux grandes marques de vêtements ou de mode. Et l’image… écoutez quand on dit que les couturiers donnent une image de la maigreur des femmes avec des mannequins anorexiques qui est dangereuse pour la santé des jeunes filles, on peut tout aussi bien dire que ces mêmes couturiers donnent une image des femmes avec ces lignes islamiques qui sont dangereuses pour la liberté et les droits des femmes musulmanes en France. [Merci Laurence Rossignol, merci, ministre de la famille, des enfants et droits des femmes]

Image de Une : capture d’écran de l’interview sur BFM télé.