Monsieur,

Vous avez comparé ce matin les noms révélés par vos collègues à l’occasion du scandale des Panama Papers à un listing de personnes ayant le sida. Vous avez depuis confessé vos regrets – il est vrai peu spontanément, sous la pression du scandale que vos propos ont justement suscités. Mais vous n’avez présenté aucune excuse.

Vous rejoignez celles et ceux pour qui le VIH, et son stade le plus grave, ne sont que des métaphores, dont l’usage peut se passer du moindre égard pour les personnes visées. Louis Pauwels parlait de « sida mental » à propos des jeunes manifestant-es de 1986. Pour ne prendre qu’un autre exemple parmi tant d’autres, Eric Raout, après sa défaite aux élections législatives de 2012, plaisantait avec ses collègues élu-es qui le regardaient gếné-es en leur disant, « Attendez, vous pouvez me dire bonjour, j’ai pas le sida ». Vos propos s’inscrivent donc dans une solide tradition de mépris et d’insultes à l’égard des séropos.

Je suis ravi de constater que vous vous scandaliseriez de listings de personnes vivant avec le VIH/sida. Le Figaro n’a pas toujours été sur cette ligne, et il suffirait de retrouver les articles que le quotidien a consacrés aux débats sur le dépistage obligatoire et au fichier nominatif, de la fin des années 80 aux débuts des années 90, pour s’en rendre compte. Heureusement que des associations comme Act Up se sont battues contre, souvent méprisées par votre journal. Peut-être pourriez-vous faire cette enquête historique et rendre hommage aux associations qui ont dû lutter contre votre journal et sa tendance à sacrifier les droits humain des personnes séropositives ?

Je suis aussi ravi de voir que le sida et les droits des personnes vivant avec le VIH sont dans vos priorités. Il n’en a pas été toujours ainsi dans votre quotidien. Il y a 11 ans, le Figaro s ‘offusquait que France 2 n’ait pas interrompu plus tôt l’émission dédiée à la collecte du sidaction pour annoncer la mort du pape. Le sida tuait à l’époque 8 000 personnes par jour et les sommes collectées pouvaient sauver des vies.

Et puisque nous parlons d’argent: votre indignation vient du fait que vos collègues ne feraient pas la distinction entre des comptes offshore légaux et des stratégies illégales d’évasion fiscale. Or, d’une part je n’ai rien lu dans les articles du Monde ni d’ailleurs qui n’entretiennent cette confusion. D’autre part, même légaux, des comptes offshore visant à l’optimisation fiscale posent problème. Lorsqu’on nous dit que la Sécu est un trou, qu’il faut que les malades paient ; lorsqu’on nout dit que les subventions pour la prévention du VIH doivent baisser, que des services hospitaliers ferment, que les institutions sociales se précarisent, bref, losqu’une politique d’austérité au nom de la Crise entrave la lutte contre le sida et pourrit la vie quotidienne des malade, la question de l’optimisation fiscale doit être posée, et les citoyen-nes les plus précaires, qu’on ne cesse de mettre à contribution depuis 2008, doivent savoir que des plus riches ont les moyens de diminuer leur contribution à la solidarité nationale. Les révélations de vos collègues contribuent donc à éclairer les débats budgétaires et les politiques de rigueur.

Je tenais enfin à partager avec vous les captures d’écran de la une du Figaro à 13 heures :

Capture du 2016-04-05 13:06:10 Capture du 2016-04-05 13:06:02

Ainsi, alors que vous contestez la « délation » et crachez sur vos confrères/soeurs en les accusant de ne pas avoir enquêté sérieusement, vous acceptez par contre que votre journal s’approprie leur travail. Avouez que cela peut surprendre. A moins bien sûr que vous ayez enquêté sur les 979 sociétés offshore de la Société générale en moins de 24 heures.

Revenons au sida. Peut-être pourriez-vous rattraper votre bourde en proposant qu’apparaisse à la place de ces unes le bandeau pour Sidaction, et ce, jusqu’à ce que vous ayez vous-même enquêté sur les enquêtes de vos collègues, dont vos critiquez l’amateurisme ?

Salutations

Jérôme Martin

Image de Une : Capture d’écran de l’émission de ce matin sur Public Sénat