Le prix des médicaments est le premier obstacle à l’accès aux traitements pour tous-tes. Cet enjeu est vital, mais François Hollande n’a jamais travaillé à une réelle baisse des prix des médicaments, en France comme dans le monde. Plusieurs des actes politiques de la France sont même contraires à cet objectif. Hollande se pose pourtant aujourd’hui en donneur de leçon dans un éditorial qu’il signe en prologue du dernier numéro du Lancet. Petite revue des écarts entre le discours et la politique française de santé.

La privatisation de la parole présidentielle

Je ne pourrai analyser la lettre même du texte rédigé par François Hollande pour le Lancet. L’article n’est disponible que sur abonnement ou en payant un tarif prohibitif. Ainsi, la parole présidentielle se trouve privatisée : est-il logique qu’un projet politique soit annoncé dans les colonnes d’une revue que peu de citoyen-nes se permettent d’acheter ?

Il reste donc les articles de journaux pour se faire une idée du projet de Hollande. Tous ou presque, de Libération au JDD n’émettent aucune critique sur la prose présidentielle, n’offre aucune comparaison des discours tenus avec les pratiques politiques réelles. Notable exception, le blog personnel de Jean-Yves Nau, journaliste au Monde.

Un diagnostic incomplet et biaisé

Selon ces articles, Hollande évoquerait dans son article : « la nécessité de lutter contre le prix prohibitif de certains médicaments tout en préservant les impératifs de l’innovation. » En l’état, ce constat, pour être correct – le prix des médicaments compromet leur accès effectif – est incomplet et biaisé.

Incomplet, car la question ne concerne pas « certains » médicaments, mais le système de fixation des prix dans son ensemble, fondé sur les brevets et les monopoles qu’ils confèrent. Il ne s’agit donc pas de lutter contre des ‘dérives’, mais bien contre une logique globale.

Biaisé, car Hollande, en annonçant vouloir « préserver les impératifs de l’innovation », cautionne la propagande de l’industrie pharmaceutique. Celle-ci justifie les prix qu’elle impose par la prise de risque qui serait selon elle liée au développement d’un médicament. Un retour sur investissement serait nécessaire pour garantir de nouvelles recherches. Or, rien n’est plus faux.

Voici ce que Hollande aurait dû écrire : « il est nécessaire de lutter contre le système des brevets qui gouverne depuis trop longtemps l’économie du médicament. Ce système des brevets accorde à des multinationales un monopole de production et de commercialisation d’au moins 20 ans. Or, l’objectif de ces multinationales n’est pas la santé, mais bien le profit. Elle fixe donc des tarifs qui suivent leur logique de profits, et non les logiques de santé. Un tel système est par ailleurs néfaste à la recherche et à l’innovation. Les bénéfices que s’assurent ces multinationales, sur le dos de nos systèmes de santé, ne sont pas reversés à la recherche, mais bien aux plus-values des actionnaires, aux politiques de communications et de lobbying. Par ailleurs, la recherche publique inspire largement l’industrie privée, et des financements publics accompagnent la recherche et investissement des multinationales : elles mentent donc quand elles parlent de risques qu’elles prennent seule. »

Et il aurait dû continuer ainsi : « Si nous voulons assurer l’accès aux traitements universel, sauver nos systèmes de santé solidaires, nous devons combattre la propagande de ces multinationales, abolir les brevets et repenser un nouveau mode, socialisé, de recherche, d’innovation, de production et d’échange des médicaments. Et, en attendant la mise en place de ce nouveau système, nous soutenons toutes les possibilités légales de production et d’échanges des médicaments génériques, en France et dans le monde. »

Mais ce n’est pas ce qu’il a écrit.

Du discours aux pratiques : le grand écart en France

Bien sûr, on pourrait prendre acte que la question du prix prohibitif de « certains médicaments » devienne une priorité de François Hollande, même si le diagnostic reste incomplet et biaisé. On pourrait même s’en réjouir. Mais la comparaison entre les discours et les pratiques vient doucher tout enthousiasme : ce n’est que du discours, rien de concret ne peut en sortir.

Pour pouvoir faire baisser le prix des médicaments, il faut déjà que sa fixation soit transparente. La France est un des pire pays en la matière. Le gouvernement socialiste n’a pas amélioré la situation. Le principe est pourtant clair : le secret industriel ne peut être opposé, la fixation du prix doit être transparente, il faut notamment rendre public le coût réel de recherche et de production, le distinguer de toutes les dépenses de communication et de lobbying, dans des documents vérifiables, faciles à lire et simples d’accès. Pourquoi François Hollande ne lance-t-il pas cette réforme ?

Faire baisser le prix des molécules implique un rapport de forces avec l’industrie pharmaceutique. Or, le mandat socialiste est marqué par une abdication totale des pouvoirs publics face à Big Pharma. Le seul épisode du sofosbuvir le prouve. Celle qui a pour titre ministre de la santé, Marisol Touraine, avait refusé les dispositions légales, comme la licence d’office, qui permet de contourner le brevet d’un médicament et de recourir à des génériques. Elle s’était satisfaite d’une négociation avec le laboratoire Gilead, contente d’un prix pourtant exorbitant, qui a amené les autorités françaises à limiter l’accès des malades à ce traitement pourtant indispensable (voir les témoignages publiés par SOS Hépatites à ce lien).

Le rapport de force, ce sont les associations qui l’ont construit, par exemple Médecins du Monde qui a remis en cause devant l’administration européenne la pertinence du brevet accordé au laboratoire. Et c’est cette politique que le Lancet met en avant comme exemplaire ?

Tout en restant à ne rien faire pour imposer  à l’industrie des tarifs acceptables et sauver un système de santé parasité par Big Pharma, le PS continue sans souci de taxer les personnes malades, même les plus précaires, en maintenant les mesures votées sous Chirac et Sarkozy : forfait médical, franchises sur les médicaments, etc. Rappelons que lorsqu’il était député d’opposition, François Hollande avait promis l’abrogation des franchises pour soins à Bruno-Pascal Chevalier, un malade du sida activiste qui s’était mis en grève des soins pour protester contre la mesure de Roselyne Bachelot-Narquin. Hollande n’a pas abrogé ces franchises, n’a rien fait pour faire baisser le prix des médicaments et imposer un rapport de forces à Big Pharma. Il écrit un éditorial dans le Lancet. Bruno-Pascal, lui, est mort.

Du discours aux pratiques : des décisions qui tuent dans le monde

Première barrière à l’accès à des traitements vitaux, le prix des traitements devrait être une priorité de tout gouvernement qui se déclare volontaire dans la lutte pour la santé globale. Cela implique de soutenir les pays qui produisent ou importent des médicaments génériques, bien moins chers et tout aussi efficaces, et seul moyen effectif pour faire baisser les prix de façon générale. Cela implique de combattre les traités commerciaux comme TAFTA qui font le jeu des brevets et des multinationales du médicament.

Hollande n’a rien fait de tout cela. Au contraire.

Décembre 2014 : une semaine après la journée mondiale de lutte contre le sida, Laurent Fabius, « responsable mais pas coupable » au ministère des affaires étrangères, entérine une décision de Hollande et annonce une baisse de 25 % (soit 25 millions d’euro en moins) de la contribution française à UNITAID. Cette « facilité d’achat », c’est son titre institutionnel, a été créé sous Chirac pour accueillir les fonds d’une taxe sur les billets d’avion. Elle a notamment pour objectif de promouvoir les génériques de médicaments pédiatriques contre le VIH, contribuant ainsi à une baisse des prix global, donc à une augmentation d’enfants sous traitement.

Cette baisse de subvention, que Sarkozy n’avait jamais osée, est bien la preuve que l’éditorial de Hollande sur la France-phare-de-la-baisse-du prix-des-traitements est un immense foutage de gueule.