#FigaroGate. La direction du Figaro Magazine a confié la défense de l’article bidonné sur Saint-Denis (voir ici pour lire l’analyse d’habitant-es de Saint-Denis et signer leur pétition) à Mohamed Sifaoui. On peut lire sa prose à ce lien.  Bilan : deux colonnes sur une page, six vautrages.

1 « Lorsque l’on est journaliste »

On ne pourrait pas parler d’islam, « y compris lorsqu’on est journaliste »,  nous explique dès son introduction Sifaoui pour expliquer les critiques que l’auteure de l’article sur Saint-Denis, Nadjet Cherigui, et la direction du Figaro Magazine ont essuyées depuis le 20 mai. Les journalistes seraient donc face à des méchant-es censeur-ses.

Or, précisément, ce texte n’est pas un travail de journaliste. Les témoignages y ont été recueillis de façon biaisée, et sélectionnée non pour donner une idée juste des habitant-es de cette ville, mais pour correspondre à la ligne idéologique voulue, l’islamisation en marche (voir à ce sujet le témoignage de deux habitant-es de la ville). D’autres témoignages ont été bidonnés, comme celui de ce jeune récemment converti, Loïc, qui nie avoir tenu à Cherigui les propos qui sont rapportés dans l’article, ou encore celui d’un certain Karim, responsable de la mosquée – le seul Karim ayant ce titre niant avoir vu la journaliste. Des informations ne sont pas vérifiées, par exemple celle du prêtre qui affirme ne pas pouvoir acheter de la viande non halal hors de Carrefour ou des jours de marché.

Un-e journaliste ne biaise pas ses témoignages, elle ne fabrique pas ses témoins et recoupe les informations qu’on lui donne. Cherigui n’a pas rempli ses conditions et/ou la pression de sa rédaction, du fonctionnement des magazine l’y ont poussé. Toujours est-il qu’ elle n’a pas agi en journaliste – dans le meilleur des cas, on peut comparer son texte à un fantasme de Ménard ou Ciotti, scénarisé par Houellebecq. En usurpant dès les premières lignes le terme de journalisme, Sifaoui indique que la réalité ne l’intéresse pas. Dans son article, il ne répondra aucunement aux preuve du bidonnage des faits par Cherigui.

2 « S’exposer à la vindicte de tous les censeurs »

Corriger des erreurs factuelles, montrer le bidonnage de témoignages et les biais d’un reportage serait donc de la censure. Curieuse façon de considérer la critique. Demander aux dirigeant-es du Figaro Magazine et à Sifaoui de cesser de mentir n’est pas de la censure. C’est les pousser à travailler pour qu’ils confrontent leur fantasme au réel : et ces gens n’en ont aucune envie.

Au reste, en oubliant même que le dossier du Figaro Magazine repose sur la falsification systématique de l’information, on se demande en quoi des réactions critiques seraient de la censure. Sifaoui estime-t-il que les personnes en désaccord avec lui ne devraient pas pouvoir s’exprimer ? Qui, au juste, est du côté de la censure ?

Quant au refrain « on ne peut pas parler d’islam », Sifaoui devrait en changer, car il confirme sans cesse qu’il ne vit pas dans le réel. On peut très bien critiquer l’islam, c’est même un sport national, comme le rappelle cette vidéo :

3 « Les photos ne mentent pas »

Alors même qu’on apprend dès la primaire à analyser de façon critique une image, repérer le point de vue, le choix du cadrage, la confronter à d’autres images traitant le même sujet pour en comprendre la spécificité et les manques, Sifaoui balaie ces précautions et reprend à son compte les présupposés de toute propagande totalitariste.

Soit.

Si on s’en tient à cette idée, Sifaoui devrait donc s’inquiéter non pas de l’islamisation de Saint-Denis, mais bien de sa sneakerisation et de streetwearisation, comme je le prouve dans cette vidéo :

Bien sûr, j’aurais pu faire un montage similaire pour alerter sur la mono-économie des pharmacies, des opticien-nes, des vendeurs-es de légumes et / ou des robes décolletées. L’image ne ment pas.

4 « Le halal, cette mono-économie, est omniprésent »

Sifaoui est censé répondre aux critiques faites à l’article de sa collègue. Pour répondre, il faut avoir lu ces critiques, notamment celles qui prouvent, photos à l’appui (vous savez : ces photos qui ne mentent pas) qu’on peut très bien acheter de la viande non halal hors des jours de marché ou à Carrefour, contraitement à ce qu’affirme une des personnes interrogées par Cherigui, qui ne vérifie pas ces propos. Rappelons cette vidéo par exemple (pour d’autres, voir à ce lien) :

Or, Sifaoui confirme que le halal serait une micro-économie, et omniprésent. Sifaoui nous plonge dans les abimes : il ne vérifie pas l’info non vérifiée de sa collègue, alors qu’il est censé répondre à celles et ceux qui ont vérifié l’info et montré qu’elle était fausse. Le Figaro Magazine est bien défendu.

5 « Le Mak d’Hal » et Benhabib

Faute d’avoir trouvé le chemin pour venir à Saint-Denis et confronter ses préjugés à la réalité, Sifaoui se refugie dans la lecture d’un texte, celui de Fewhzi Benhabib paru dans Marianne le 16 novembre dernier, qui s’alarme du Mac d’Hal, enseigne de restauration rapide qui vend des burgers halal. Voir ici le site officiel du magasin. L’extrait (c’est comme les images, un extrait de Marianne, ça ne ment pas?) est censé confirmer la mono-économie du halal.

Comme le montre cette carte du centre de Saint-Denis, on trouve à moins de 100 mètres un Mac Donald très classique (en violet). Il y en a même un autre, un peu plus loin, toujours en violet. On trouve aussi un Subway en jaune. La restauration rapide halal, une mono-économie ? Faux. Sifaoui pouvait le vérifier en trente secondes sur Openstreetmap.

MacDo

Il pouvait aussi le confirmer s’il avait réellement lu l’article qu’il est censé défendre. Car on y voit une photo d’un KFC (page 60), que l’on peut voir sur le plan, en vert. Et on le sait, une photo, ça ne ment pas.

6 Sifaoui ne lit pas les « dossiers » qu’il commente

Peut-être que Sifaoui a sauté la photo du KFC, car elle ne prouvait pas l’islamisation de Saint-Denis. Mais il n’a pas manqué celle de la page 58 qu’il commente ainsi : « Que voit-on ? Des salafistes occupant indûment l’espace public, au mépris des lois, pour prier dans la rue ». Or, la légende de la photo indique qu’il s’agit de fidèles qui ne trouvent pas de place pour la prière du vendredi car la salle est trop petite. C’est le seul centimètre carré de l’article du Figaro Magazine où des faits sont expliqués, et non pas falsifiés. Et Sifaoui ne les a pas lus. Pourtant, chacun sait que les légendes des photos ne mentent pas.

Photo du Figaro Magazine du 20 mai 2016

Photo du Figaro Magazine du 20 mai 2016