Dans le blog qu’elle vient d’ouvrir, Gwenaëlle Morvan consacre son deuxième billet à un fact checking (vérification des faits) d’une tribune d’Océane Rose Marie consacrée au Parti des Indigènes de la République. Vérifions-le ensemble, factuellement.

Du « fact checking » en général….

La vérification des faits fait partie intégrante du travail de journaliste. Mais en tant que tel, le « fact checking » désigne un genre journalistique propre – comme en témoignent les exemples des « Décodeurs » au Monde, du service «Désintox» à Libération, d’ une grande partie de la production du Lab d’Europe 1 et de bien d’autres. Est désigné comme « fact checking » un article qui va vérifier les faits énoncés par une personne. Il s’agit souvent, mais pas exclusivement, de chiffres : « les immigré-es coûtent cher », « c’est grâce à notre action depuis 2012 que le chômage baisse », etc.

Le fact checking se désigne comme objectif. Il ne s’agirait pas de dire « cette personne a tort ou raison », mais « cette personne dit ou ne dit pas la vérité / le réel, etc. ». Bien évidemment, cette séparation n’est pas aussi nette, l’objectivité n’existe pas1. Consacrer par exemple son fact checking à une seule personne, un seul groupe politique, c’est déjà un choix idéologique. L’humour, l’ironie, la parodie peuvent s’immiscer. Il n’en reste pas moins que l’intitulé « fact checking » implique une méthode qui mette en avant la confrontation de propos avec le réel, sur la base de sources fiables, accessibles, connus, vérifiables, et non sur la seule base des opinions des journalistes.

… et d’un en particulier.

Les propos que Gwenaëlle Morvan se proposent de vérifier sont ceux d’une tribune rédigée par Océane Rose Marie et publiée dans Libération le 30 mai dernier. Le texte a été relayé en une de Yagg via un billet du 2 juin rédigé par Maëlle Le Core. Dans sa tribune, Océane Rose Marie appelle à lire le dernier livre d’Houria Bouteldja, la porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR) et répond aux accusations d’antisémitisme et d’homophobie dont celle-ci fait l’objet.

Après un paragraphe d’introduction (1), le ‘fact checking’ de Gwenaaëlle Morvan analyse (2), sur trois paragraphes, la tribune d’Océane Rose Marie. S’en suit (3) une série de courtes citations de la porte-parole du PIR, présentées comme preuves de son homophobie, suivies de courtes réactions. Puis vient une analyse (4) plus longue d’une référence de Bouteldja à l’ancien président de l’Iran. Les deux paragraphes suivants convoquent une nouvelle preuve (5) : les propos d’un militant historique de l’extrême-droite, décrits comme proches de ceux de Bouteldja. Un court paragraphe (6) conclut ainsi «  les droits des LGBT [PMA, etc.] méritent mieux, il me semble. C’est une question de responsabilité, et surtout de survie ».

Vérifions chacune de ces parties.

(1) Yagg et le PIR

Le fait vérifiable présenté dans l’introduction de Gwenaëlle Moran, c’est que Yagg a relayé la tribune d’Océane Rose Marie (ORM) parue dans Libération, et publié auparavant un texte de Thierry Schaffauser, qui visait lui aussi à répondre aux accusations dont le PIR fait l’objet. Le fact checking commence par  : « Les Indigènes de la République ont une nouvelle fois une tribune qui leur est consacré sur Yagg », le texte de l’humoriste est présenté comme « en soutien à Houria Bouteldja » et « relayé et complimenté par Yagg ».

On pourrait faire remarquer que le sujet principal de la tribune d’ORM, les antiracismes, n’est pas mentionné par Gwenaëlle Moran. Pour Yagg, c’est pourtant bien le thème à retenir : « Une tribune coup de poing (et coup de gueule!) qui, sans rentrer dans une nouvelle polémique autour d’Houria Bouteldja, vise surtout à mettre en lumière la dimension sociale du racisme en France. »

On pourrait aussi faire remarquer que deux soutiens dans Yagg, dont une tribune dans Libération, sont à mettre en regard du rapport de forces qu’ORM commente ainsi dans sa tribune : « L’auteure est de longue date «grillée» par ses détracteurs, bien plus puissants qu’elle dans les champs politiques et médiatiques. Depuis des années, ils s’attellent à extraire des passages de ses écrits afin de leur donner une tournure bien dégueulasse. » Gwenaëlle Morvan refuse de considérer ce rapport de forces. 

Ces oublis ont leur importance. Il n’empêche, le fait suivant est avéré : un média LGBT publie ou relaie des textes de soutien à un groupe jugé par la plupart homophobe. D’où une question : pourquoi un média LGBT défendrait-il des homophobes ? Serait-ce parce qu’au sein des LGBT, cette question divise (comme le prouvent les débats autour de la Marche des fiertés, du 8 mars pour tous-tes) ? Ou bien parce que Yagg, comme ORM, comme moi, sommes des naïf-ves incapables de voir les luttes à mener ? La factcheckeuse ne répondra pas explicitement.

(2) Que dit Océane Rose Marie ?

Les trois paragraphes suivants du texte de Morvan résument et critiquent la tribune de l’humoriste. Le premier indique qu’ ORM « ne comprend pas que des féministes et défenseurs des droits LGBT puissent croire en une utopie républicaine universaliste, où femmes et homosexuels du monde entier aurait le choix de ne pas subir d’oppression religieuse, voire raciale.» Or, le texte d’ORM ne dit rien de tout cela. Un fact checking d’une tribune doit partir des faits, donc de la lettre même du texte qui est vérifié : ici, Gwenaëlle Morvan porte un jugement de valeur sans se préoccuper d’une interprétation rigoureuse de la lettre du texte qu’elle commente. Nulle part, par exemple, ORM ne mentionne l’oppression religieuse, que ce soit pour la justifier ou la critiquer. D’où la fact checkeuse tient-elle sont interprétation ?

ORM entend s’adresser à « ceux pour qui être de gauche ne se résume pas à faire passer l’entre soi Blancs-bien-pensants pour de l’universalisme, et sont prêts à observer le monde depuis une autre place que la leur. ; Gwenaëlle Morvan en conclut que l’humoriste s’oppose à l’universalisme. Elle n’explique pas comment elle en arrive à cette conclusion. Dans les faits, la phrase d’ORM implique que l’universalisme est dévoyé par certaines personnes, notamment à gauche, qui utilisent cette notion pour masquer leurs privilèges, leur entre-soi, et les rapports de dominations qu’ils impliquent. On est donc en droit de penser qu’il s’agit au contraire de lutter pour un universalisme effectif en dénonçant un universalisme-prétexte. Affirmer le contraire dans un fact checkingmériterait quelques… faits supplémentaires.
ORM précise dès le départ qu’elle ne s’adresserait pas aux « identitaires républicains en crise actuelle de psychose ». Gwenaëlle Morvan estime qu’ORM insulte les « féministes,voire finalement toutes les personnes qui n’adhèrent pas aux propos identitaires d’Houria Bouteldja ». Ces personnes feraient de « l’antiracisme à sa mémère ». Là encore, aucune explication de la lettre même du texte de l’humoriste ne vient justifier une telle interprétation. Et le procédé touche à la malhonnêteté, puisque l’expression ‘antiracisme à sa mémère’ arrive, dans la tribune de l’humoriste, bien après, quand il est question de l’anti-racisme moral, qu’ORM distingue bien du discours identitaire puisqu’elle le décrit ainsi : « ces intentions, ô combien respectables, sont incapables de régler quoi que ce soit : ni l’inégale répartition des richesses, ni le racisme institutionnel.». Cette analyse de la fact checkeuse est donc factuellement fausse. On peut même parler de malhonnêteté.

Reste l’essentiel : Bouteldja et le PIR sont-ils homophobes ? ORM pense que non, Morvan pense que si.

ORM s’en explique ainsi : « Combien de fois m’a-t-on rappelé à l’ordre à son sujet mais-enfin-elle-est-homophobe ça-va-pas-la-tête-lis-ça ! Sauf que la phrase en question, une fois recontextualisée, racontait une lutte décoloniale et, qu’on soit d’accord ou pas avec son point de vue, ne pouvait en aucun cas être résumée à de l’homophobie. » Elle rajoute : « Il est très facile de discréditer un texte, surtout quand la pensée est complexe et formulée sous forme de paradoxes » avant de prévenir qu’elle refuse rentrer dans « le petit jeu malsain des extraits qu’on interprète ». Il ne s’agit donc pas pour elle de justifier les petites phrases pour démonter les accusations d’homophobie. Le reste de sa tribune ne reviendra pas sur cette accusation.

De ce développement, Gwenaëlle Morvan écrit tout d’abord : « Selon Océane Rose Marie, il appartient au Parti des Indigènes (PIR) et à sa propre personne de dicter l’agenda des luttes LBGTQI. Au nom de quoi, nous, homosexuel(le)s, militants de terrain, pourrions nous désigner ce qui est homophobe ? Au nom de quoi pourrions-nous nous révolter des mots qui nous tuent ?»
De tels propos surprennent puisque rien ne permet d’identifier une telle position dans le discours d’ORM. Elle fait part d’une expérience répétée : on lui cite tels propos homophobes ; elle les resitue dans leur contexte et se rend compte qu’ils ne peuvent être réduits à l’homophobie. De cette expérience et des conclusions qu’on peut en tirer sur la pensée de l’humoriste (« Moi, personnellement, pour les raisons suivantes, je ne pense pas que les mots cités soient homophobes »), Gwenaëlle Morvan conclut qu’ORM dénigrent les Yaggeur-es, méprise les combats contre les discours sexistes et homophobes et appelle à la censure : « Les innombrables auteurs de commentaires révoltés sur l’article de Yagg apprécieront. Les homosexuels se battent pourtant tous les jours contre les discours paternalistes qui nous étouffent. Mais puisque Océane Rose Marie a le monopole de l’étiquette homophobe, taisons-nous donc, sombres racistes que nous sommes. »

Mais où sont les faits qui permettent une telle conclusion ? Ces jugements d’indignation n’ont rien à voir avec du fact checking. En l’occurrence, s’il s’agit de prouver factuellement contre ORM que Bouteldja est bien homophobe, si l’argument d’ORM pour évacuer l’accusation d’homophobie est la remise en contexte, alors la vérification des faits doit repasser par une mise en contexte des propos incriminés. C’est un peu plus long que de chouiner sur des « monopoles d’étiquettes » et autres inepties, mais ORM nous avait prévenu-es : sur le sujet, il y a des « flemmards ».

(3) Du contexte

Mais plutôt que de se livrer à ce travail de recontextualisation, Gwenaëlle Morvan s’en tient, à une exception près où elle se vautre, à la stratégie habituelle des détracteurs de Bouteldja – celle-là même dénoncée par ORM : la citation de petites phrases sorties de leur contexte, assorties de commentaires entendus, genre-je-vous-fais-un-clin-d’oeil-vous-m’avez-bien-compris, prouvant l’homophobie du PIR, ainsi que la complicité et/ou la bêtise naïve d’ORM.

Appliquons cette méthode au texte de Morvan. Elle écrit noir sur blanc à propos du mariage « Pas de mélange de couleurs, s’il vous plait ». Dans la mesure où je suis en désaccord avec elle, je me propose de citer la phrase un peu partout, qui prouve bien que Morvan est raciste. Je le répète à l’envi, on écrit dans Marianne que Yagg relaie un texte raciste. Des soutiens de Morvan font valoir le contexte : « il s’agissait d’un commentaire ironique de propos jugés racistes, ceux du PIR : ce n’était pas ce qu’elle pensait, sa pensée est complexe ». Mais à quoi bon le contexte : Morvan est raciste, puisqu’elle a écrit cette phrase. Ce serait insupportable, non ?

Annonçant un fact checking, Morvan aurait dû vérifier les citations qu’elle produisait. Non seulement elle ne le fait pas, mais en plus elle ne les source pas : ses lecteur-rices ne peuvent donc aller les vérifier.

Il ne m’appartient pas de faire le travail qu’elle aurait dû faire en annonçant un fact checking. Je ne vais donc donner qu’un exemple, qui est d’autant plus facile qu’il a déjà été analysé par Thierry Schaffauser, dont la tribune est citée par Gwenaëlle Morvan. La phrase qu’elle cite, assortie du commentaire « What else ? » est la suivante : « Comme chacun sait, « la tarlouze » n’est pas tout à fait « un homme », ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme ». Elle se trouve page 81 du livre Les Blancs, les Juifs et nous.
Voici ce qu’en écrivait Thierry : Pour avoir lu le livre, il est évident que Monsieur Guénolé a cherché à tromper son audience en extrayant une citation de son contexte et en omettant les guillemets autour du mot «tarlouze». En effet, en lisant Madame Bouteldja, on comprend aisément que ce passage est en réalité une dénonciation de l’homophobie et non une intention d’en faire sa promotion. Ce n’est pas l’auteure qui parle à travers ces mots, mais l’homophobe qu’elle dénonce, et c’est précisément pour cela qu’elle utilise l’insulte de «tarlouze» afin de mieux caractériser cette homophobie. » On rajoutera à l’attention de la fact checkeuse que quand il y a des guillemets dans une phrase, cela veut dire quelque chose.

Effectivement, what else ? Lire le livre, peut-être ?

(4) De la pensée décoloniale

Le paragraphe suivant du texte de Gwenaëlle Morvan convoque un nouveau fait pour preuve de l’homophobie de Bouteldja (donc de l’inanité de la tribune d’ORM) : « Houria Bouteldja a, selon son propre terme, un « héros » politique… qui s’appelle Mahmoud Ahmadinejad. Celui-là même qui déclare qu’ ‘il n’y a pas d’homosexuels en Iran’… tout en organisant régulièrement des pendaisons publiques d’homosexuels. La leader du PIR salue son « bon mot ». »

Comme pour les autres citations, Morvan ne cite pas sa source. Comblons donc ce manque méthodologique : « Ahmadinejad, mon héros », une phrase nominale, est écrite à la page 32 de Les Blancs, Les Juifs et nous. Et si Morvan avait réellement lu le livre, elle saurait que Ahmadinejad est un héros pour Bouteldja précisément parce qu’il a dit, dans un certain lieu, à un certain moment, qu’il n’y avait pas d’homosexuels en Iran !

Contrairement aux autres citations, Morvan accompagne cette référence d’une précision : « Rappelons au passage que l’Iran n’a jamais été colonisé, on se demandera ce que le sang que Mahmoud Ahmadinejad a sur les mains a de « décolonial » ou d’antiraciste. ».

Cette précision est importante : pour ORM, telle phrase de Bouteldja « une fois recontextualisée, racontait une lutte décoloniale et, qu’on soit d’accord ou pas avec son point de vue, ne pouvait en aucun cas être résumée à de l’homophobie. ». La précision de Morvan vise donc à faire tomber la défense principale d’ORM : concernant l’Iran, il ne saurait être question de lutte décoloniale.

Sauf que ce point de vue sur la pensée décoloniale est réducteur. L’impact de la colonisation, et avant, de l’esclavage, ne se limite pas aux seules relations bilatérales entre un pays et ses anciennes colonies, il affecte toutes les relations internationales. Les Etats-Unis n’ont pas  « colonisé » au sens où la France l’a fait, ce pays est portant le modèle de l’empire.

L’argument de Morvan ne tient donc pas. Il ne résiste pas à une lecture factuelle du livre de Bouteldja. Celle-ci situe les propos d’Ahmadinejad  (page 33): « Cela se passe en 2008 aux États-Unis à la Columbia University de New York, célèbre université de gauche. Ahmadinejad est en voyage officiel et doit prononcer un discours à l’ONU au moment où Abou Ghraib est au coeur de toutes les polémiques ».

Abou Ghraib est cette prison de Bagdad dans laquelle des militaires américains ont torturé et violé des prisonniers. On voit bien dans ce contexte (l’ONU, une université américaine2, la révélation sur les crimes de l’armée US à Abou Ghraib) que la question décoloniale est au coeur des préoccupations de Bouteldja.

Voici comment elle décrit l’échange :

« La voix : ‘L’Iran lynche des homosexuels sur la place publique.’

Ahmadinejad : ‘Il n’y a pas d’homosexuels en Iran.’ Stupéfaction. Tollé général. Ou presque. Du moins je le suppose. Les cyniques blancs comprennent. Les anti-impérialistes encaissent. Les autres – la bonne conscience – ont les boyaux qui se tordent. »

Et si les choses n’étaient pas claires, voici comment elle détaille sa propre réaction : « Et moi, j’exulte. Normalement, je dois saisir ce moment du récit pour rassurer : ‘Je ne suis pas homophobe et je n’ai pas de sympathie particulière pour Ahmadinejad’. Je n’en ferai rien. Là n’est pas le problème. La seule vraie question, c’est celle des Indiens d’Amérique. Ma blessure originelle. ‘Les cow-boys sont les gentils et les Indiens, les méchants.’ »

Il ya beaucoup de choses à dire de ces phrases. Je me contenterai de signaler qu’elles invalident factuellement les remarques de Morvan sur la phrase d’Ahmadinejad et les commentaires de Bouteldja à ce sujet – Bouteldja, qui, page 35, indique bien que l’ancien président de la République ment : « Il ment, c’est tout. Il ment en toute honnêteté. (…) A l’affirmation ‘Il n’y a pas de torture à Abou Ghraib’ répond l’écho : ‘il n’y a pas d’homosexuels en Iran’. La rhétorique persane à l’usage des progressistes blancs fait mouche. Les deux mensonges s’annulent, la vérité éclate. Et la bonne conscience se décompose. »

What else ?

(5) Bernard Antony à la rescousse

L’avant-dernier paragraphe invoque la figure de Bernard Antony, ancien cadre du FN, président de l’association d’extrême-droite AGRIF. Son éloge de Bouteldja vaudrait argument prouvant son racisme.

Reprenons mon scénario ci-dessus. Gwenaëlle Morvan, selon ce scénario, est raciste puisqu’elle ne veut pas de mélange de couleurs. Elle l’a écrit. Si, si, elle l’a écrit. Allons, vous êtes un naïf, vous ne voulez pas voir. Elle l’a écrit. Mais, regardez on retrouve les mêmes propos sur ce site du Bloc Identitaire.

Au reste, Morvan devrait se méfier de ce genre d’argument – qui n’a pas grand chose à voir avec le fact checking. Il n’est pas sûr qu’elle ait envie qu’on fasse le compte des personnes et des groupes qui sont d’accord avec elle pour condamner Bouteldja ou le PIR.

(6) Une question de responsabilité

Je ne peux qu’approuver la conclusion de Gwenaëlle Morvan : « Les droits LGBT, contre l’oppression patriarcale, sexiste, religieuse, contre les agressions, pour l’accès à la PMA, pour les droits des transgenres méritent mieux, il me semble. C’est une question de responsabilité, et surtout de survie. 

Il est en effet bien connu qu’Houria Bouteldja est bien placée pour être élue présidente de la République. Il est bien connu que c’est à cause du PIR que la PMA n’est pas ouverte aux couples de femmes. Il est bien connu que c’est cet horrible et increvable groupe des député-es décoloniaux-ales qui viennent de voter une mesure minable pour le droit des trans. Il est bien connu que le PIR a été reçu à l’Elysée, qui a écouté leurs revendications : interdire le mariage pour tous en banlieue, faire chanter la Marseillaise dans les écoles à chaque lynchage d’homos en Iran.Il est bien connu que les réflexions sur le racisme politique menacent nos vies, et qu’il ne faut surtout, surtout, surtout pas en parler. Dans ces conditions, tous les moyens sont bons pour assurer notre survie : même faire une annonce mensongère en qualifiant de « fact checking » un texte malhonnête et paresseux, sans travail d’analyse précis, sans vérification factuelle.

Pendant ce temps, le FN ne cesse de progresser, un premier ministre peut dire que des civilisations valent moins que d’autres, le contrôle au faciès est encouragé par un ministre, les expulsions de sans-papiers n’ont jamais été aussi importantes, une majorité socialiste défend pendant quatre mois une mesure du FN, la déchéance de nationalité, François Hollande réduit la contribution de la France à la lutte contre le sida dans le monde, une mosquée est incendiée en France dans l’indifférence la plus totale, les inégalités raciales en matière d’éducation, de travail, de santé, ne cessent d’être documentées. Et quand une humoriste ouvertement lesbienne aborde la question de l’anti-racisme dans une tribune, quand Yagg s’en fait l’écho, la priorité pour notre survie est de ne surtout pas aborder ces questions, car, bien sûr, en tant que LGBT, rien de tout cela ne nous regarde.

C’est une question de responsabilité.

What else ?

1Par exemple, j’ai récemment fait du fact checking en vérifiant les informations publiées par le Figaro Magazine à propos de Saint-Denis. Je vérifie un fait publié dans le reportage « Difficile de se nourrir hors halal », le confronte au réel, en vidéo, mais ne cache pas non plus l’objectif idéologique : combattre le racisme et l’islamophobie.

2Page 34, Bouteldja écrit : « Cette phrase, prononcée à Bamako ou à Pékin, au mieux serait sans intérêt, au pire, malheureuse. Mais elle est prononcée au coeur de l’empire ». Qu’on soit d’accord avec ou non, on est bien au coeur d’une pensée décoloniale.

Crédit photo : © Chloé Vollmer-Lo