Le rendez-vous surprise de François Hollande avec des associations LGBT est une tentative désespérée de ripolinage d’un bilan affligeant de la majorité PS en la matière. Le communiqué officiel qui l’a suivi, relayé sans recul critique par certaines associations invitées, prouve que le Président n’a aucune intention de faire avancer nos droits, qu’il semble conditionner à une improbable « unité nationale » sur la question. Décryptage du texte.

Le communiqué intégral est disponible sur le site, à cette adresse. Sur Facebook, le service de communication de l’Élysée en a diffusé une version plus courte :

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Je m’intéresserai précisément à ce passage1 :

« Le Président de la République a réaffirmé sa détermination à poursuivre le combat pour que la République se montre encore plus protectrice envers les lesbiennes, gays, bi et trans, et retrouve ainsi sa fierté en permettant à tous les citoyens de vivre leur orientation sexuelle et leur identité de genre sans craindre d’être discriminés, dans l’unité nationale. »

Pour François Hollande, donc, c’est en se montrant plus protectrice envers les lesbiennes, gays, bi et trans que la République retrouvera sa fierté. Cela implique, comme l’a déjà signalé Gwen Fauchois, que cette fierté a été perdue. Trois jours après le succès de la Pride de Nuit, l’Élysée soutient donc le slogan de la manifestation (« PS : la fierté, c’est pas son genre ») et va même plus loin en généralisant le constat du PS à la République toute entière.

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Pride de Nuit 2016 by Xavier Héraud

Le Président est déterminé à ce que cette République « se montre encore plus protectrice » envers les LGBT et permettent « à tous les citoyens [et les citoyen-nes?] de vivre leur orientation sexuelle et leur identité de genre sans craindre d’être discriminés ». Bien. Mais toute la question est de savoir comment la République se montrera plus protectrice et luttera contre les discrimination contre les LGBT. Communiquer sur des objectifs généraux et généreux, sans parler de moyens, c’est noyer le poisson.

On suppose que ces moyens (l’ouverture de la PMA pour les couples de femmes, les progrès sur la filiation et l’adoption, les droits des trans) feront l’objet d’annonce pour les élections. Ce qui ne peut en aucun cas être satisfaisant. D’une part, car le PS a très peu de chance d’être réélu. D’autre part, car ces promesses ont déjà été faites en 2012, et elles n’ont pas été tenues. Pourquoi donc voter pour des politiques qui ne peuvent pas faire ce qu’ils et elles ont promis ?

La question se pose d’autant plus que la dernière précision du paragraphe « dans l’unité nationale » suscite la colère. D’une part, car elle limite la question des droits LGBT aux seul-es Français et à la seule France, alors que la lutte est internationale et  que les LGBT-phobie frappent les étrangErEs. D’autre part, car cette précision semble conditionner l’avancée de nos droits.

Il y a en effet une lecture possible de cette phrase bancale, à savoir que François Hollande est déterminé à lutter pour que nous ne soyons pas discriminé-es, « dans l’unité nationale », donc tant que celle-ci n’est pas menacée. Or, c’est bien le danger d’une unité nationale brisée que le gouvernement ne cesse d’avancer pour justifier ses promesses non tenues en matière de PMA, de filiation, de droit des trans. C’est même le leitmotiv de Laurence Rossignol, la ministre des femmes-à-la-maison au sujet de la PMA (revoir un exemple de cette argumentation à ce lien). Dès lors, si la Manif pour tous se remobilise, l’unité nationale sera en danger, l’avancée de nos droits ne se fera pas.

C’est donc bien là le message de ce communiqué présidentiel, que les associations invitées qui ont fait part de leur réaction à Yagg devrait méditer : avec François Hollande, nos droits ne progresseront que si les homophobes se montrent gentil-les.

Image de Une By COP Paris (Flickr.com) [CC0], via Wikimedia Commons

1 J’analyserai dans un post ultérieur l’annonce de la participation de la DILCRA à la lutte contre les LGBT-phobies, ainsi que le rendez-vous lui-même et la séquence qui l’a précédé (menace sur la Marche, parcours raccourci, succès de la Pride de nuit).