Mélenchon se dit dégoûté de trouver dans un Carrefour un exemplaire de Mein Kampf pour se rétracter quelques heures ensuite. Pendant ce temps, il reste silencieux pendant trois jours sur le énième décès d’une personne non blanche interpellée par des gendarmes.

Les faits : Mélenchon poste sur Twitter, ce jeudi, un message indiquant « Aujourd’hui chez Carrefour de mon lieu de vacances, « Mein Kampf » en vente. Écoeurement total. », puis, quatre heures plus tard « Excuses @CarrefourFrance. Ce n’est pas dans un de ses magasins qu’est vendu le livre d’Hitler ».

On imagine la scène : Jean-Luc va faire les courses parce que, vraiment, c’est fun de faire les courses en vacances, mais il n’a pas l’habitude de faire les courses, Jean-Luc, car le travail est si dur quand c’est pas les vacancces, donc, forcément, il ne pensait pas, Jean-Luc, que tous les magasins se ressemblaient. Alors, quand son chauffeur l’a laissé à deux cents mètres du supermarché, Jean-Luc, il n’a pas pensé à regarder l’enseigne.

Auchan ? Monoprix ? Casino ? Le frisson de l’inconnu titillait les poils de la nuque de Jean- Luc.

Et puis, Jean-Luc, il était un peu déboussolé. Les supermarchés, hein, cela faisait si longtemps. Toutes ces allées qui se croisent. Alors quand il voit qu’il y a des livres. Des livres. Des livres. Pour Mélenchon, le seul livre intéressant est Mein Kampf, et donc, là, il voit Mein Kampf. Et là, il se révolte, Jean-Luc. Alors il appelle la personne qui gère son compte sur Twitter en lui disant « j’ai vu Mein Kampf à un carrefour ». Ce qu’a reporté la personne qui gère son compte Twitter. Et là, en fait, Jean-Luc, il a juste dit : « ce n’est pas dans un magasin de Carrefour que s’est vendu le livre d’Hitler ». Il avait dû confondre avec 50 nuances de Grey, Jean-Luc.

On arrête d’imaginer la scène.

Au même moment, une famille se bat, sans soutien politique, pour que la mort d’Adama, énième décès d’une personne non blanche tuée lors de son arrestation par les forces de l’ordre, fasse l’objet d’une vraie transparence.

Qu’en dit Mélenchon sur Twitter ? Rien.

Moralité, à prendre en compte pour les élections l’année prochaine : Jean-Luc Mélenchon, l’été, préfère traquer les livres imaginaires dans les supermarchés imaginaires, que soutenir les victimes réelles d’oppression réelles.

Et pour toutes les personnes qui peuvent : rassemblement ce vendredi 22 juillet.

[Mise à jour au 23 juillet  10 h, avec ajout d’une précision dans le chapeau.]

Hier en fin de journée, Mélenchon s’est enfin fendu d’un communiqué :

Capture du 2016-07-23 09:54:32

On peut se réjouir de cette réaction, mais s’étonner de son caractère tardif. D’autant qu’aucune prudence ne vient justifier ce délai : Mélenchon assume écrire « sans rien savoir des tenants et aboutissants de l’affaire« . C’est bien le succès de la manifestation qui l’amène à prendre la parole : « Je ne voudrais pas que la mort d’Adama Traoré soit juste considérée comme un fait divers. La mobilisation de tant de monde sur place atteste d’autre chose. »  Autant dire que les familles qui n’arrivent pas à mobiliser seraient, elles, cantonnées au fait divers. C’est manquer une fois de plus le problème essentiel des violences policières et du racisme d’État, qui devaient être un sujet politique à part entière de tout candidat sérieux à une alternative de gauche. Et là, on se rend compte que ce n’est pas une priorité des fans de Mélenchon qui s’expriment ici, bien plus empressé-es de justifier leur idole, que de poser sérieusement cette question politique cruciale.

[Mis à jour du 23 juillet, à 16 heures] La compagne d’une victime de crime policier a répondu à Mélenchon. On espère que cela fera réfléchir son fan club sur les priorités à avoir.

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Photo de Une : Par Marie-Lan Nguyen (User:Jastrow) — Tra vail personnel, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6175990