Pour le co-fondateur du Printemps républicain, la bisexualité est-elle une perversion ? C’est en tout cas ce que laisse penser sa dernière interview au Figarovox, en date du vendredi 22 juillet.

L’intégralité de l’entretien peut être lue à ce lien. Laurent Bouvet cherche à expliquer ce qui conduirait une partie de la gauche à refuser de considérer la menace de l’ « islamisme », terme qu’il ne définira jamais dans l’interview. Il aboutit ainsi à cette analyse :

« le terroriste est d’abord et avant tout perçu [par cette gauche que critique l’universitaire] lui aussi comme une victime même si son acte est condamné en tant que tel. Victime de la situation sociale dans laquelle se trouvent les populations issues de l’immigration (ghettos urbains, chômage de masse…), victime de la manière dont il est traité comme croyant, victime de «l’islamophobie» de la «laïcité à la française», du «racisme d’État»…, victime même, comme on l’a vu après l’attentat de Nice, d’une société occidentale pervertissant l’individu (bisexualité, divorce, alcoolisme, dépression…). »

Sur Twitter, Laurent Bouvet présente son entretien comme une « interview approfondie ». Il a donc pesé ses mots, a relu la retranscription et ne saurait se prévaloir d’une maladresse. Quand on vient parler au Figarovox, volet le plus réactionnaire d’un média déjà largement opposé aux combats LGBT, on aborde la question de l’orientation sexuelle et des « perversions » de la société occidentale avec prudence et précision.

Or, ici, tout est imprécis : qui pense que la bisexualité, mais aussi le divorce, l’alcoolisme ou la dépression sont des « perversions » ? Les « islamistes » ? Mais Laurent Bouvet n’est pas en train de décrypter leur discours. La gauche qu’il critique, alors ? Impossible, pour deux raisons.

D’une part, la retranscription a pris grand soin de mettre des guillemets pour qualifier les concepts d’islamophobie ou de racisme d’État, pour montrer que Bouvet réprouve ces concepts d’une gauche qu’il critique ; pourquoi ne pas en avoir fait de même avec « pervertissant », pourquoi l’universitaire qui a dû relire avec soin la retranscription n’a-t-il pas réparé cet oubli si vraiment il avait repris ce terme à cette même gauche ?

D’autre part, qui, dans la gauche que critique Bouvet, affirme sérieusement que la bisexualité est une perversion de la société occidentale moderne : Boutin ou Barbarin seraient-ils de gauche ? Plus sérieusement, dans le champ militant, intellectuel et/ou politique que Bouvet semble étudier (j’écris « semble » car il ne cite aucune source pour appuyer ses analyses), on pourrait éventuellement dire que la haine intériorisée de son homosexualité ou de sa bisexualité pourrait être un des facteurs d’explication du passage à l’acte. C’est donc, pour cette gauche, éventuellement l’homophobie ou la biphobie, qui serait une explication, mais pas l’orientation sexuelle. Bouvet ne sait-il pas faire la différence ?

Qui donc assimile la bisexualité à une perversion ?

A l’heure où Act Up-Paris (voir communiqué ici)  alerte sur les analyses biphobes de journalistes évoquant les attentats d’Orlando ou de Nice, Laurent Bouvet offre au lectorat et aux contributeur-rices du Figarovox, dont nombreux pensent que la bisexualité est une perversion de l’Occident moderne, de quoi alimenter leur haine à notre égard.

Crédit photo : portrait tiré de la page Facebook de Laurent Bouvet