Ce mercredi, lors de son homélie pour les victimes de l’attentat de Saint-Etienne du Rouvray, le cardinal André vingt-trois s’est enflammé en ces termes : «  Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances ». Ce silence contribuerait à une inquiétude « sur laquelle l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces ». Le lien est donc fait entre les droits des LGBT, pardon « la légalisation des déviances » et le terrorisme.

Le texte est disponible à ce lien. Pourtant, André 23 avait bien commencé : « On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. (….) Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent. ». Mais apparemment, les « déviant-es » ne font pas partie de l’humanité ni de la société de confiance, et sont bien pratiques pour servir de boucs-émissaires à des prêtre en mal de discours.

Faisant la liste des peurs qui pourrissent la société (parmi lesquelles le sida, pour lequel le préservatif est pourtant un bon moyen de prévention combattu par André 23), le cardinal en conclut : « Comment des hommes et des femmes normalement constitués pourraient-ils résister sans faiblir à ce matraquage ? Matraquage de la réalité dont les faits divers nous donnent chaque jour notre dose. Matraquage médiatique qui relaie la réalité par de véritables campagnes à côté desquelles les peurs de l’enfer des prédicateurs des siècles passés font figure de contes pour enfants très anodins. »

Ce matraquage aurait abouti au « syndrome de l’abri » : « nous mettons en place tous les moyens de fermeture. Nous sommes persuadés que là où les villes fortifiées et les châteaux-forts ont échoué, nous réussirons. Nous empêcherons la convoitise et les vols, nous empêcherons les pauvres de prendre nos biens, nous empêcherons les peuples de la terre de venir chez nous. ». Ce syndrome de l’abri passerait aussi par le silence, et c’est dans ce développement que le cardinal va parler des « déviances » :

«  Protection des murs, protection des frontières, protection du silence. Surtout ne pas énerver les autres, ne pas déclencher de conflits, de l’agressivité, voire des violences, par des propos inconsidérés ou simplement l’expression d’une opinion qui ne suit pas l’image que l’on veut nous donner de la pensée unique.

Silence des parents devant leurs enfants et panne de la transmission des valeurs communes. Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances. Silence des votes par l’abstention. Silence au travail, silence à la maison, silence dans la cité ! A quoi bon parler ? Les peurs multiples construisent la peur collective, et la peur enferme. Elle pousse à se cacher et à cacher.

C’est sur cette inquiétude latente que l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces. »

Il n’y a pas 36 phénomènes que l’Église considère comme déviance et qui ont été récemment légalisés. André 23 parle donc bien des droits des LGBT, notamment de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ces droits participeraient donc des peurs de la société au même titre que le terrorisme.

Qu’André 23 se rassure, les terroristes ont bien su s’occuper des « déviances » : l’Etat Islamique massacre les personnes supposées homosexuelles, le massacre d’Orlando – sur lequel le prêtre est évidemment resté silencieux – prouve que des gens sont capables d’anticiper les bonnes paroles du cardinal et d’éliminer les « déviances ».  De gentil-les chrétien-nes ont su, après cet attentat, prêcher la bonne parole du cardinal lors des cérémonies d’hommage aux États-Unis (voir à ce lien).

Car André 23 le dit lui-même : « Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. ». Il sait donc que le combat des mots qu’il mène contre les LGBT et leurs droits se traduit ensuite, insensiblement mais réellement, par des agressions. Les mots tuent, ses mots tuent.

Info fournie par Michel Magniez sur Facebook (voir à ce lien)

Crédit photo : Par © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22609788