Ignorance du discours tenu par le cardinal ? Maladresse ?  Ce matin, sur BFM TV, Benoît Hamon a applaudi les propos du cardinal sans revenir sur l’homophobie de l’homélie quand elle concernait les « déviances ». Dans un mail de réponse qu’il m’a envoyé, suite à une première version de cet article, il condamne les propos du cardinal.

L’interview est visible à ce lien et c’est le début qui nous intéresse. La journaliste formule ainsi sa première question : « Après 15 jours de polémique, que ce soit finalement les responsables religieux, et non pas les responsables politiques, qui trouvent les mots pour l’unité nationale, qu’est-ce que vous en pensez ? » De toute évidence, pour la journaliste, cracher sur les droits des LGBT, pardon « les déviances des moeurs », c’est oeuvrer à l’unité nationale. Mais qu’attendre d’autre d’une employée de ce média qui s’est illustré par son combat contre l’ouverture du mariage ?

La réponse d’Hamon est par contre plus surprenante : « Tout d’abord ça nous démontre l’importance aujourd’hui de ces autorités confessionnelles dans un moment comme celui que nous vivons ». On fera remarquer au passage que cette importance était déjà connue : le gouvernement socialiste, auquel Hamon a appartenu, a renoncé à la PMA pour les couples de femmes ou aux ABC de l’égalité sous la pression de ces autorités, au mépris du respect de la loi de 1905. Déjà, nos droits avaient été sacrifiés pour plaire à la hiérarchie catholique.

Hamon enchaîne : « Les paroles d’André Vingt-Trois étaient extrêmement fortes, à destination de la communauté catholique mais aussi à destination de l’ensemble de la communauté nationale », puis il évoque les autres leaders religieux avant d’analyser, coupé par la journaliste : « On a vu des paroles qui tendaient toutes à préserver la cohésion nationale ».

Mais cette analyse élogieuse implique forcément que Hamon passe sous silence la conclusion de l’homélie du cardinal et le fameux « Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances ». Laisser croire qu’André Vingt-Trois œuvre dans ce discours à la préservation de la cohésion nationale et s’adresse à l’ensemble de la communauté nationale, c’est, bien évidemment, exclure les LGBT de cette cohésion et de cette communauté.

Que le député socialiste ait voulu un temps insister sur le dialogue entre les religions, l’apaisement après deux semaines de polémiques sur les responsabilités autour de l’attentat de Nice est compréhensible. Mais qu’il en vienne à cautionner la présentation des LGBT comme des déviants, qu’il accepte qu’une homélie d’hommage se transforme en pamphlet homophobe, c’est aussi mettre en danger la cohésion nationale. Partout dans le monde, des LGBT sont attaqué-es parce que présenté-es comme déviant-es. Benoît Hamon se rend-il compte de la violence des mots du cardinal ?

Contacté par mail, le député m’écrit : « J’ignorais ce matin que le cardinal Vingt-Trois avait tenu ces propos que je condamne évidemment . Avec Apolline de Malherbes, je parlais de ses commentaires apaisants post attentat.  » Dont acte. On attend maintenant un communiqué de l’Elysée, de la DILCRA et du PS.

Crédit photo : capture d’écran de l’interview de ce matin.