En soutien à la militante Alice Coffin, à nouveau violemment prise à partie par l’avocat Emmanuel Pierrat, voici un récapitulatif des faits et un appel à dénoncer publiquement les méthodes du défenseur de Denis Beaupin, parmi lesquelles la banalisation des attaque sexistes contre les victimes et le dévoiement des combats contre les LGBTQI-phobies.

Rappel des faits

Lundi 30 janvier, France 3 diffuse un documentaire consacré à la Manif pour tous. La parole homophobe, présentée sans recul critique, y a la part belle. L’avocat Emmanuel Pierrat décide de dénoncer cette banalisation de l’homophobie sur Twitter. Il en profite pour insulter une des rares militantes féministes et LGBTQI interrogée dans le reportage, en l’assimilant aux portes-paroles de la Manif pour Tous :

 

L’échange suivant confirme que ce n’est pas une erreur et que l’avocat assume l’amalgame :

Comment expliquer que Pierrat calomnie ainsi une militante féministe LGBTQI ?

L’avocat a récemment choisi de défendre Denis Baupin dans le cadre des plaintes pour harcèlement sexuel déposées contre lui par plusieurs femmes. Pour cette défense, il a décidé d’intervenir dans les médias en invalidant la parole des plaignantes. Discréditer une femme qui dénonce les violences qu’elle a subies est une des manifestations les plus courantes du sexisme.

Le 9 octobre 2016, Alice Coffin décryptait les interventions médiatiques de l’avocat dans un texte intitulé « Convier Emmanuel Pierrat à un congrès LGBTI: camarade gay, entends-tu la colère des femmes? » (voir texte intégral à ce lien). Comme ce titre l’indique, l’avocat n’était pas la cible directe du texte. Il était présenté comme le symptôme d’un problème bien plus général. Alice interpellait en fait les organisation LGBT – en réalité, essentiellement gaies, donc masculines et cisgenre – à l’initiative d’un colloque où devait intervenir Pierrat. Bien évidemment, elle analyse en détail les interventions médiatiques de celui-ci, mais elle s’adresse bien aux leaders gays. Elle écrit par exemple  : « Si cela ne pose pas de problème aux représentants institutionnels de la communauté LGBTI de convier un homme qui tient des discours extrêmement graves envers les femmes dans les médias, alors la communauté LGBTI a un problème avec ses représentants institutionnels, et il faut hélas le pointer publiquement. »

Emmanuel Pierrat a choisi de ne pas répondre sur le fond du décryptage de ses discours par Alice, mais par l’intimidation, en annonçant qu’il portait plainte pour diffamation. Une pétition de soutien et d’interpellation des représentant-es LGBT (que vous pouvez toujours signer, voir à ce lien) a rassemblé en quelques jours plusieurs centaines de signatures.

Les deux tweets d’Emmanuel Pierrat s’inscrivent donc dans la même logique d’intimidation et de revanche mesquine. Il confirme par ailleurs les analyses d’Alice : en faisant passer une femme qui dénonce les violences faites aux femmes pour une homophobe, bref pour une coupable, Pierrat agit exactement comme il l’a fait avec les plaignantes de l’affaire Beaupin. En reprenant à son compte un procédé sexiste de disqualification de la parole d’une femme dénonçant les violences sexistes.

Mesurer les conséquences des violences d’Emmanuel Pierrat

Assimiler une militante des droits des femmes et des personnes LGBT à la Manif pour tous est une insulte. En tant que femme et lesbienne, Alice doit subir quotidiennement le sexisme et la lesbophobie ordinaire. En tant que militante, elle doit subir la hargne des homophobes et des sexistes. Se réclamant de nos combats (il a été l’avocat de Aides, des mariés de Bègles), Emmanuel Pierrat renchérit sur ce concert de haine avec sa menace de plainte et ses invectives. Cela mérite toute notre attention : nous ne sommes pas suffisamment nombreux-ses ni suffisamment fort-es pour nous permettre de ne pas prendre soin des un-es et des autres face à de telles méthodes.

C’est par ailleurs un dévoiement des combats contre l’homophobie. Si nous nous battons collectivement pour que l’impact de ces discours de haine soit reconnu dans la sphère publique, ce n’est pas pour qu’un avocat s’en serve afin d’invalider le discours d’une militante féministe envers qui il a une rancœur personnelle, alors qu’il n’a été critiqué que comme symptôme d’un sexisme structurel, et qu’ il ne veut et/ou ne peut répondre sur le fond des arguments qu’Alice lui a opposés. Accepter que la Manif pour tous ne soit plus l’objet d’un discours de dénonciation de l’homophobie, mais un prétexte pour disqualifier quelqu’un avec qui on n’est pas d’accord, c’est tout simplement banaliser l’homophobie. A ce titre aussi, les propos d’Emmanuel Pierrat doivent être combattus.

Que faire pour dénoncer ces violences ?

Il est toujours possible de signer la pétition qu’avait occasionnée l’annonce d’une plainte pour diffamation contre Alice (voir à ce lien). Cette pétition, même si elle vise avant tout à interpeller les leaders institutionnels des communautés LGBTQI sur les violences sexistes, garde toute son actualité. Ainsi le président d’HES a-t-il fait « aimé » sur Twitter le message de Pierrat. On espère un malentendu, une ignorance de qui est Alice Coffin, mais il serait bon qu’une telle organisation fasse un peu attention aux messages qu’elle envoie. N’hésitez pas à l’interpeller sur le sujet.

On peut aussi manifester sa colère directement auprès de l’intéressé, sur les réseaux sociaux. L’avocat, qui a récemment publié un livre sur la place des femmes dans la justice, reçoit souvent des cautions féministes d’organisations, d’institutions qui l’invitent à ce titre, ou d’articles de journaux qui parlent de ce livre. Sans évoquer le contenu de celui-ci, on peut cependant remettre en perspective, auprès de ces personnes qui l’invitent, l’aura progressiste que l’avocat se donne en rappelant ce qu’il fait subir à des femmes dénonçant les violences qu’elles subissent ou à une militante féministe.