Petite lecture commentée de quelques propos tenus par Jean-Luc Mélenchon dans son entretien à Familles chrétiennes (voir texte à ce lien).

La première question était la suivante : Vous avez plusieurs fois noté que la Manif Pour Tous avait été un catalyseur politique pour de nombreux Français. Qu’avez-vous envie de leur dire ? Mélenchon répond1 :

Aucun responsable politique ne peut passer à côté du phénomène qu’a attesté ce mouvement.

Et encore moins les trans, gouines, bi, pédé et autres, objets de la haine publique de ce mouvement de haine.

C’est un phénomène social, autant que spirituel,

C’est sûr que les deux gorilles qui sont descendus dans un parc un samedi soir avant leur manif, pour casser du pédé, et qui m’ont fracturé le nez, sont sans doute aller à confesse le dimanche suivant.

qui exprime des convictions profondément enracinées dans notre peuple.

On n’arrête pas de vous dire que le sexisme et les LGBTQI-phobies sont structurelles !

C’est la raison pour laquelle ces questions éthiques doivent être maniées avec prudence et en s’assurant que l’on s’est bien compris.

C’est vrai, l’égalité, c’est un mot compliqué pour les personnes qui ne vivent pas de discriminations. Pensons-donc aux privilégié-es qui comprennent mal le langage des discriminé-es. Ne parlons pas d’homophobie, ni de ses conséquences.

Avec la Manif Pour Tous, je fais le pari positif du malentendu.

C’est facile de parier quand on n’a rien à perdre et qu’on joue la vie des autres. Je propose qu’on inscrive cette phrase sur la tombe de la prochaine personne trans, gay, lesbienne, bi, queer, ou intersexe, qui se sera suicidée. Avec le nom de son auteur.

La reconnaissance des couples homosexuels à l’état civil n’est pas le sacrement reconnu par l’Église. Nous ne parlons pas de la même chose, bien que l’utilisation en commun du mot « mariage » prête à confusion.

On aurait dû faire comme dans Southpark et parler de « copains de zizi », la Manif pour tous n’aurait pas eu lieu d’être.

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On objecte ensuite à Mélenchon que « Le reproche des manifestants portait surtout sur la filiation »

Je ne suis pas dupe du prétexte ! Les gens se sont mobilisés parce qu’ils estiment inacceptable que deux personnes du même sexe puissent être considérées comme mariées. C’était leur premier souci !

On pensait qu’une telle opinion devait être désignée par un candidat d’une gauche dite alternative comme « homophobe ». Ben, non, hein, c’est un « souci ».

Quant aux enfants, la réalité est qu’il y a déjà des enfants élevés par des parents homosexuels. J’admets l’idée de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes homosexuelles comme en bénéficient déjà les hétérosexuelles.

« J’admets ». Merci, grand maître, de vous rabaisser à notre niveau. #TraduisonsLes « On m’a mis devant le fait accompli, mais il faudrait pas me pousser de trop pour dire ce que je pense et vous verrez bien si je suis élu ».

Par contre, je suis absolument et radicalement opposé à la gestation pour autrui (GPA). C’est la porte ouverte à un nouveau commerce du corps des femmes. Je veux bien en douter si on me présente une femme milliardaire acceptant de faire un enfant gratuitement pour une femme pauvre d’un bidonville…

Pour ma part, je n’ai jamais vu une femme milliardaire acceptant de donner des cours particuliers à unE élève d’un bidonville – ce n’est pas pour autant que je demande l’interdiction des cours particuliers. Mais je n’ai pas l’expérience féministe et de lutte des classes de Jean-Luc, l’ami des femmes, l’infatigable combattant pour leurs droits.

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Familles chrétiennes demande alors : Mais effacer la filiation d’un enfant, le priver de son père ou de sa mère, est néfaste pour lui !

Je l’entends. Mais j’y oppose un autre regard fondé sur la compassion.

Coupé au montage : « Parce qu’il ne s’agirait pas d’oublier à qui je parle, et de qui je parle. Ces familles déviantes méritent toute notre pitié ! Pas besoin de parler de droit, d’égalité. »

C’est la vie qui m’a amené à trancher ces questions délicates. J’ai été membre de la commission d’adoption d’un Conseil général, j’en ai démissionné parce que je ne me sentais pas capable de refuser un enfant à l’un des demandeurs.

« J’ai tellement plus souffert que tous ces gens, comprenez-moi. » #TraduisonsLes

Autre exemple plus rude : la question de l’accès aux origines. J’y suis opposé. C’est une brutalité inouïe d’imposer à une femme de confirmer son choix d’abandon des décennies plus tard, alors qu’elle a eu le courage de mener sa grossesse à terme et de mettre cet enfant au monde. Au total je ne suis donc pas sûr que la question de l’effacement de la filiation soit si décisive. Tout le monde se sait né d’une femme. La présence des modèles masculins est évidemment un besoin pour la construction de soi. Mais on y répond facilement par la présence des hommes de sa parentèle ou de son entourage.

L’absence du mâle, ce douloureux problème auquel nous savons répondre collectivement grâce à Jean-Luc.

Entendez que mon point de vue n’est pas abstrait ! Les gens comme moi ont des enfants, des petits-enfants, nous les chérissons, nous avons aussi à gérer toute cette complexité.

« Je vous jure qu’on m’a empêché de voir ma fille pendant deux ans parce que le sexe indiqué sur mon état-civil ne correspondait pas à mon aspect physique, je sais gérer la complexité. »

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Quelques questions plus tard, tournant autour de l’avortement.

Je suis d’accord avec la loi votée par le gouvernement sur le délit d’entrave à l’IVG. Je voudrais quand même rappeler qu’il n’y a pas d’avortement heureux ! C’est une décision difficile à prendre, parfois douloureuse, qui crée parfois une situation de détresse. Il n’est pas bon alors d’ajouter de la pression.

Le meilleur moyen de retirer cette pression est de soutenir le droit à l’IVG sans tergiverser, y compris dans un média réactionnaire.

J’entends bien votre opposition. Vous voulez obtenir des moyens pour dissuader d’avorter. Cela résulte de convictions morales et spirituelles profondes, je le respecte, et ne le tourne pas en dérision. Mais entendez notre parole : les femmes n’avortent pas uniquement pour des raisons matérielles.

Voir au-dessus.

1Parmi les objections à mon analyse, j’en anticipe une : Mélenchon a relu et validé la retranscription de cette interview. Il sait donc ce qu’il y a dit, ce qui a été retenu, ce qui ne l’a pas été, et a validé ce texte.