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Actu | homophobie | 04.03.2017 - 01 h 16 | 1 COMMENTAIRES
5 mars : les nanti-es et leur « morale » au rassemblement de la honte
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Selon ces gens, nous menacions les valeurs de la famille, nous étions un danger pour les enfants et la morale. Ils et elles ne cessent de le répéter, depuis près de cinq ans. Aujourd’hui, en soutenant François Fillon et Marine Le Pen, ces militant-es défendent la fraude, le détournement d’argent public, le conflit d’intérêt et l’impunité de quelques privilégié-es.

Car ce sont bien les réactionnaires racistes, sexistes et/ou LGBTQI-phobes, celles et ceux qui empoisonnent nos vies depuis cinq ans, qui restent, de plus en plus isolé-es, mais déterminé-es et puissant-es, à soutenir François Fillon. Certes Christine Boutin s’est désolidarisée. Mais Sens Commun appelle ouvertement au rassemblement de la honte, ce 5 mars prochain, en soutien au candidat de droite, contre la justice. De son côté, le journal raciste, homophobe et sexiste Valeurs Actuelles soutient la manifestation, et défend Marine Le Pen. Frigide Barjot / Virginie Tellene a lancé une pétition défendant l’ancien premier ministre. Henry de Lesquen soutient Fillon. La Manif pour Tous, bien que sauvant les apparences en rappelant que leur seul candidat est la famille et en démentant organiser le rassemblement de la honte, relaie pourtant sur ses réseaux sociaux des discours très clairs défendant Fillon ou Le Pen contre la justice. Après avoir autant agi pour faire élire Fillon aux primaires, ne pas s’en désolidariser alors qu’il est mis en examen vaut caution pour le groupe de Derville et de La Rochère.

Les réactionnaires qui applaudissent quand la police tue, blesse et viole des hommes noirs ou arabes de banlieue, quand la justice condamne les membres de leur famille qui réclament justice ou les jeunes qui manifestent leur colère contre les violences policières et le racisme d’État, après un procès expéditif en comparution immédiate, ou une lourde période de détention préventive contraire à la présomption d’innocence, ces réactionnaires qui n’ont que les mots police, tolérance zéro et prison à proposer en réponse aux problèmes rencontrés par les pauvres et les racisé-es, ces mêmes trouvent que la justice est injuste avec un homme politique puissant, blanc, entouré, riche, qui dispose d’une équipe d’avocat-es, qui est mis en examen sans faire de préventive et qui a détourné l’argent public, dévoyé sa fonction pour son intérêt personnel et celui de ses proches. A quel niveau d’immoralité faut-il en être réduit-e pour participer à ce rassemblement, le 5 mars prochain, Alors qu’on n’a eu de cesse de mettre en avant la morale pour justifier ses discours de haine ? Alors qu’on surjoue l’intransigeance répressive contre les pauvres et les racisé-es ? Alors que grandit, dans les quartiers populaires, un mouvement de protestation contre les inégalités face à la police et à la justice, inégalités dont n’ont jamais eu à souffrir les Le Pen et autres Fillon qui, bien au contraire, alimentent le racisme qui les cause ?

Au-delà des faits délictueux qui sont reprochés à François Fillon, au-delà de la honte à prêter à Fillon un statut de victime, comment peut-on accepter le conflit d’intérêt qu’il n’a cessé de masquer ces dernières années. Payé via son cabinet par un grand groupe d’assurance privée, Fillon a participé à des discussions politiques et des votes qui touchaient à ce sujet. Sa promesse de démanteler la Sécurité sociale comble directement les besoins et les envies des grands groupes d’assurance, et garantit l’exclusion des soins et de la prévention des pauvres et des personnes vivant avec une maladie grave – les assureurs privés discriminant sans problème ces personnes.

Un accès aux soins pour les seul-es nanti-es. Un revenu sans contrepartie d’emploi pour les seul-es privilégié-es. La sécurité pour les couples et les familles pour ces seul-es privilégié-es. La Manif « pour tous » n’est qu’un groupe d’entre-soi, Sens Commun qu’un lobby de nanti-es. Il y a là une cohérence qui éclate enfin au grand jour, que les plus naïf-ves ne peuvent plus ignorer, et qui devraient faire réfléchir celles et ceux qui, même à gauche, même allié-es des combats LGBTQI, pensent cependant que ces luttes seraient secondaire par rapport aux luttes de classes. Bref celles et ceux qui opposent le « sociétal » au « social » n’ont rien compris à la politique et la stratégie de la Manif pour tous.

L’homophobie tue. Le sexisme, la transphobie, la lesbophobie, la haine des intersexes aussi. La Manif pour tous et ses déclinaisons ont défendu un programme de violence qui visent à nous faire disparaître de l’espace politique : en luttant contre nos droits, en nous intimidant quand nous prenons la parole, en insultant nos familles et nos modes de vie. Au bout de ce programme, il y a les atteintes à notre santé, notre bien-être et notre vie : le taux de suicide des jeunes LGBTQI est plus important que dans le reste de la population du fait d’un discours de haine normalisé et intériorisé, la prévention du VIH/ sida a été entravée par des discours et des pratiques homophobes et transphobes qui ont entraîné une véritable hécatombe, et dont la Manif pour tous n’est que la dernière incarnation. Autre preuve de l’objectif réel de Sens commun et de La Manif Pour Tous : les agressions permises par les discours de haine ont explosé en 2013. La présence de Sens Commun dans de nombreuses collectivités territoriales se traduit par des baisses de subventions sur les recherches sur le genre, aux associations locales de femmes, au soutien à la contraception, à la prévention des LGBTQI-phobies ou du VIH. Mais aussi à l’hébergement d’urgence,  à l’aide aux personnes les plus pauvres, aux personnes handicapées, à l’insertion professionnelle.

Un tel programme de haine, visant à notre disparition, aurait dû être désigné et combattu comme tel dans la société, par la majorité des politiques et des médias. Il n’en a rien été. La complaisance de trop nombreux médias, la lâcheté de la majorité socialiste, la confiance trop forte et le manque de réaction massive des militant-es LGBTQI face aux reniements successifs du PS, tout cela a permis à la Manif pour tous, portée par une stratégie offensive permise par des moyens de nanti-es, de rendre respectable un programme de destruction. L’intox a si bien fonctionné que Jean-Luc Mélenchon peut en pleine campagne s’adresser à un journal teinté d’intégrisme chrétien pour parler d’un « malentendu » à propos du programme de haine de la Manif pour tous, et qu’Emmanuel Macron peut inverser les violences en parlant de l’humiliation qu’aurait ressentie les militant-es LGBTQI-phobes.

La défense de la morale, de la famille et de l’enfant a joué un rôle de premier ordre dans la stratégie de respectabilité des réactionnaires. C’est encore cette défense de la morale et de l’enfant qui a été agitée à l’automne 2016 pour justifier la censure d’affiches de prévention représentant des couples d’hommes, sans aucun égard pour les contaminations au virus du sida que ces interdictions risquaient de provoquer. Lorsque vous laissez croire que votre haine n’est en fait que de l’inquiétude pour l’intérêt de l’enfant, vous pouvez faire oublier que votre programme réel est la disparition de l’espace public des personnes LGBTQI, la précarisation de leur famille, les atteintes à leur dignité, à leur santé, à leur vie.

On voit, aujourd’hui, ce qu’il en est de cette morale, de ces valeurs familiales, et de l’intérêt de l’enfant : on ne supporte pas l’affichage de couples d’hommes, mais on manifeste pour qu’un des siens puisse voler l’argent public sans être inquiété. On s’inquiète de la moralité des enfants élevée par des homosexuel-les, mais on oublie toute moralité quand on se bat, devant eux, pour qu’un voleur n’ait pas à assumer ses responsabilités. On stigmatise comme paresseux-ses et parasites les « assisté-es sociaux-les », les bénéficiaires d’allocations chômage ou de minima sociaux, dont des personnes touchant l’allocation adulte handicapée, qui ne peuvent travailler ; et on défend bec et ongle les « assisté-es parlementaires », des fraudeur-ses en famille, qui devraient pouvoir échapper à la justice au seul motif de leur nom de famille. Voilà pour la « morale » qui a justifié les insultes envers les personnes LGBTQI et leur famille.

Quels slogans seront afffichés sur les pancartes du rassemblement de la honte ? « La famille, c’est un papa, une maman, et des emplois fictifs pour les enfants» ? « Oui à la corruption ! » ? « Pas de justice pour Adama, amnistie pour François » ? « Les puissants n’ont pas de comptes à rendre » ? « Mon candidat, je le corromps, mon programme, je me le paie car j’en ai les moyens, et pas vous » ? « La seule égalité, c’est mon porte-monnaie qui la dicte » ? « Le travail c’est pour les gueux » ?

Regardons-les, ce dimanche, ces manifestant-es. Pensons à l’éducation qu’ils et elles donnent à leurs enfants en cautionnant le vol, la fraude, la malhonnêteté quand elle est le fait de gens de leur classe sociale, réfléchissons à l’exemple qu’ils et elles donnent à tous les enfants, au modèle ainsi prôné, demandons-nous comment nous pourrions protéger les plus jeunes d’une telle influence immorale. En fait de Manif pour tous, c’est bien la promotion des privilèges, de l’irresponsabilité et de l’impunité d’un petit groupe de nanti-es haineux-ses que nous tolérons depuis cinq ans et que l’affaire Fillon révèle aujourd’hui.

Au lieu du rassemblement de la honte, rendez-vous aux manifestations de la dignité : ce samedi 4 mars à 14 heures, Cité Boyenval à Beaumont sur Oise (voir l’événement Facebook à ce lien) et bien sûr la marche du 19 mars (toutes les infos à cette page).

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Ancien militant d' Act Up-Paris, j'analyse dans trois blogs différents les discours de haine qui nous infériorisent, les enjeux de la lutte contre le sida et notamment des PrEP.
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