7001 De Bastié à l’équipe de Fillon : l’antisémitisme sort du placard | VendeurSEs de haine

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

VendeurSEs de haine
Analyse des discours qui nous infériorisent
Dernier Billet
Actu | 12.03.2017 - 21 h 55 | 0 COMMENTAIRES
De Bastié à l’équipe de Fillon : l’antisémitisme sort du placard
Étiquettes : , , , ,

Loin d’être un « dérapage », la caricature antisémite d’Emmanuel Macron diffusée par Les Républicains nous rappelle l’héritage politique qu’assument de plus en plus ouvertement les soutiens de François Fillon. Analyse illustrée de l’exemple d’Eugénie Bastié.

Les Républicains ont diffusé vendredi 10 septembre sur leur compte Twitter une caricature reprenant tous les codes de l’iconographie antisémite de la première moitié du vingtième siècle pour parler des soutiens d’Emmanuel Macron : chapeau haut de forme symbolisant le banquier et l’argent, nez crochu, faucille symbolisant le communisme (voir un article détaillé sur la question sur le site de Libération à ce lien).

Face au tollé qu’a provoqué ce visuel, les Républicains ont mis la photo de l’ancien ministre à la place du dessin antisémite. Le compte Twitter du parti a renvoyé à de nombreuses reprises un message type, indiquant avoir retiré le dessin pour éviter « des polémiques inutiles ». Un tel message implique que dénoncer l’antisémitisme d’un outil de propagande électorale relèverait de la polémique inutile. On a connu meilleure défense pour convaincre de la sincérité de son combat contre la haine des juif-ves…

Secrétaire général du parti, Accoyer s’est dit dans un premier temps conscient que « la caricature (…) a pu être mal interprétée ». En parlant d’un problème d’interprétation, il esquivait la responsabilité de l’équipe de campagne et du staff de communication dans la validation d’une communication antisémite.

Puis Fillon a annoncé des sanctions, et ce dimanche, Accoyer informait d’une convocation du directeur de la communication devant une commission disciplinaire (voir l’article du Monde à ce lien). C’est beau. Mas cela veut dire que 1/ soit Fillon, Accoyer étaient informés du visuel, l’ont cautionné et font maintenant sauter un fusible ; 2/ soit Fillon ne contrôle pas sa communication de campagne, ni ses équipes. Et dans ce cas, on peut douter qu’un homme – au-delà de sa malhonnêteté foncière, de sa haine des pauvres, de son sexisme, de son racisme, de sa LGBTQI-phobie – soit capable de diriger un pays alors qu’il est incapable de maîtriser l’antisémitisme de ses troupes en campagne.

Bien loin d’être un « dérapage », une communication « mal interprétée », le visuel antisémite est un lapsus qui révèle l’héritage politique des soutiens de Fillon, ces catholiques réactionnaires qui, dans la mouvance de la Manif pour Tous, se sont battus pour sa victoire au primaire, et se battent encore pour garantir l’impunité du candidat, alors qu’il a détourné de l’argent public au profit de sa femme et de ses enfants, cautionné des emplois fictifs, s’est laissé corrompre par un grand groupe d’assurance, etc. (sur cette question et ces liens avec le sexisme et les LGBTQI-phobies, voir ma précédente analyse à ce lien)

L’antisémitisme a toujours été constitutif de ce catholicisme réactionnaire, viscéralement anti-républicain jusqu’à la Libération. C’est bien sûr l’Action française qui incarne le plus cet antisémitisme fondateur d’une tendance politique importante du catholicisme français.

Et ce discours de haine, mis en pratique au cours de l’affaire Dreyfus, dans la rue jusqu’à la fin des années 30, puis dans le soutien aux politiques de déportation et de collaboration avec les nazis sous Vichy (à quelques figures près, qui, par patriotisme et non par défense des juif-ves, ont rejoint de Gaulle), cet antisémitisme, donc, a toujours été associé avec « la défense de la famille », celle restreinte, rétrograde d’une vision religieuse étriquée. Une affiche de 1908 de l’Action Française (voir à ce lien), qu’il est par ailleurs intéressant de comparer avec les programmes de Fillon ou Le Pen de 2017, proclame par exemple que « La République est le gouvernement des Juifs, des Juifs traîtres comme Ullmo et comme Dreyfus, des Juifs voleurs comme le baron Jacques de Reinach, des Juifs corrupteurs du peuple et persécuteurs de la religion catholique, comme l’inventeur juif de la loi du divorce et le juif inventeur de la loi de Séparation ».

La libération des camps de concentration et d’extermination oblige les antisémites à se faire plus discrEtEs. Ils et elles vont vite trouver, avec la décolonisation, la guerre d’indépendance de l’Algérie, puis l’immigration dite post-coloniale de nouvelles cibles à leur haine. Mais on aurait tort de croire que l’antisémitisme disparait.

Il se révèle par exemple pleinement dans son lien intrinsèque avec une vision réactionnaire des femmes et de la famille, lors des débats pour la légalisation de l’IVG. Simone Veil fait alors l’objet d’une campagne violemment antisémite. Et la comparaison de l’avortement à la Shoah, centrale dans les discours des anti-choix, relève bien d’un négationnisme antisémite.

C’est cet héritage qui s’affirme dans la caricature d’Emmanuel Macron. Ni La Manif pour Tous, ni Sens Commun ne l’ont dénoncée, alors que ces groupes sont au cœur des réseaux de soutien qui ont permis la candidature de François Fillon. Quand on pense par exemple à la croisade menée par des élu-es sous influence de la Manif pour tous contre la dernière campagne ministérielle de prévention du VIH, on en arrive à la conclusion suivante : quand des affiches cherchant à éviter de nouvelles contamination au virus du sida représentent deux hommes pudiquement enlacés, la priorité est de les faire interdire à coup de « que va dire ma fille de 8 ans ? » ; mais quand l’équipe de campagne de l’homme politique qu’on présente comme le candidat de la morale et de la famille réactive les codes d’un discours qui a causé la déportation et l’extermination de millions de personnes, « ma fille de 8 ans » peut dormir tranquille, et les « un-papa, une maman pour une famille morale » ne diront rien : ce n’est qu’un point de détail.


La polémiste homophobe et sexiste Eugénie Bastié
a ironisé et remis en question le caractère antisémite de la caricature.

Cela n’étonnera que celles et ceux qui n’ont pas vu à quel point elle incarne ce lien entre vision réactionnaire des femmes, de la famille (LGBTQI-phobies, sexisme, obscurantisme anti-études de genre) et réhabilitation de l’antisémtisme. Dès le premier numéro de la revue qu’elle a confondée, Limites, elle revendiquait l’héritage de l’Action Française. Le 8 mai 2016, en guise d’anniversaire de l’armistice et de la défaite de l’Allemagne nazie et antisémite, elle ripolinisait l’histoire de l’Action française (voir mon analyse détaillée à ce lien) : si le mot « antisémitisme » apparaissait dans un intertitre, à aucun moment l’idéologue n’en parlait dans son historique. On pouvait par contre lire : « Depuis quelques années, et notamment la Manif pour Tous, l’Action française connaît un renouveau. » Le lien entre l’antisémitisme viscéral du catholicisme réactionnaire et le combat contre l’évolution du droit des femmes ou de la famille est ainsi confirmé par Eugénie Bastié.

Il faut croire que rendre respectable le sexisme, l’homophobie et l’antisémitisme doive être récompensé, quand on voit les créneaux médiatiques dont bénéficie l’héritière de l’Action française, quand on s’étonne de l’absence de questions que les journalistes lui posent sur sa réhabilitation qu’elle entend opérer de l’antisémitisme viscéral de ce groupe. « La loi sur le divorce était le fait d’un juif », disait l’Action française en 1908 ; plus de cent ans plus tard, les ami-es d’Eugénie Bastié accueillaient Christiane Taubira avec des bananes et la traitaient de guenon. Quel aurait été l’accueil, si elle avait été juive ? La caricature antisémite d’Emmanuel Macron nous rappelle la tradition pluriséculaire qui anime les soutiens de Fillon (et bien sûr de Le Pen), et qu’Eugénie Bastié, ardente militante d’une haine respectable, réactive avec soin.

Photo du profil de jeromemartin
Publié par
Ancien militant d' Act Up-Paris, j'analyse dans trois blogs différents les discours de haine qui nous infériorisent, les enjeux de la lutte contre le sida et notamment des PrEP.
Autres articles | Profil | Compte Twitter
LES réactions (0)
De Bastié à l’équipe de Fillon : l’antisémitisme sort du placard

ajouteZ VOTRE réaction
Publicité