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VendeurSEs de haine
Analyse des discours qui nous infériorisent
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Actu | 19.03.2017 - 21 h 52 | 1 COMMENTAIRES
Lettre ouverte à Yohann Roszewitch
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Une lettre ouverte à Yohann Roszéwitch, conseiller à la lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT à la DILCRAH.

Monsieur,

Au matin du dimanche 19 mars, où se tenait la Marche pour la justice et la dignité, vous avez tweeté ce message : « Quand on prétend défendre les droits des personnes #LGBT, on ne marche pas aux côtés du #PIR, le Parti des Indigènes de la République ! »

Tweet du 19 mars 2017

J’ai déjà réagi par Twitter. Je le fais ici dans une lettre ouverte.

Je passerai rapidement sur la malhonnêteté du procédé qui consiste à disqualifier une manifestation remettant légitimement en cause l’État et ses institutions en la réduisant à un de ses soutiens controversés. De Valeurs actuelles à Marianne, d’Ivan Roufiol à Laurent Bouvet, la mauvaise foi simplificatrice, parfois l’ignorance assumée des militant-es de terrain et de leur diversité ou la simple paresse intellectuelle sont devenues la routine des débats sur l’antiracisme politique et les luttes contre les violences policières. A vous d’assumer cette tradition et l’affaissement du débat public qu’elle implique. A vous d’assumer l’invisibilisation de la parole des familles et des associations de quartier mobilisées pour cette marche.

Je m’intéresse bien plus à ce qui vous autorise à distribuer des bons et des mauvais points en matière d’alliance pour les luttes contre les LGBTQI-phobies – je note que les deux dernières lettres n’apparaissent pas dans votre désignation officielle : est-ce le puissant lobby du PIR qui vous en a empêché ?

Bio Twitter

 

Pas de Q et de I pour la DILCRAH

D’où tirez-vous légitimité à dire aux organisations ce qu’elles doivent faire et avec qui elles doivent manifester ? Est-ce votre statut d’ancien président de SOS Homophobie ? A moins que ce ne soit de votre statut de «  conseiller à la lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT à la DILCRAH » ? Ou bien est-ce votre avis personnel ?

Je ne suis mandaté par aucune association, je ne suis pas conseiller à la DILCRAH. Puisque vous vous permettez la distribution de bons et de mauvais points en matière de lutte contre les LGBT(pas Q, pas I)-phobies, permettez que je vous rende la pareille. Simple citoyen, je me sens légitime à interpeller une personne qui prétend me dire comment militer et qui rend si peu de comptes sur les activités qu’elle mène au nom d’une administration d’Etat :

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on ne rejoint pas une structure d’un gouvernement qui a refusé l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, l’a fait savoir depuis le Vatican en piétinant la laïcité, a refusé les droits promis aux personnes trans, ne s’est pas intéressé aux intersexes, a fait retirer des outils pédagogiques de prévention du sexisme et des haines LGBTQI pour satisfaire un lobby religieux – du jamais vu depuis 1886. Ou alors, si on intègre cette structure gouvernementale malgré ce passif, c’est pour que cette structure condamne publiquement l’État pour sa politique anti-LGBTQI.

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on ne fait pas un selfie avec un président de la République qui a organisé ces trahisons, a légitimé le parti de la haine en recevant à plusieurs reprises la Manif pour tous, a évoqué à propos du mariage une possible clause de conscience pour les maires – indiquant par là que les droits pour les pédés et les gouines que le PS consentait à donner devaient être relativisés, et que le R et le U majuscules de République Universaliste pouvaient bien pour ces gens là devenir minuscule, voire disparaître. Non, on ne fait pas un selfie avec un homme qui a besoin de fournir trois versions d’un tweet pour qualifier l’homophobie du massacre d’Orlando – en oubliant la transphobie et la haine raciste. Non, on ne fait pas un selfie avec un irresponsable qui a attendu quelques semaines avant son départ pour évoquer des mesures en faveur des personnes intersexe – ultime crachat de mépris envers les militant-es.

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on n’accepte pas un poste à une administration dirigée par un préfet qui pense que « communautarisme » est un terme politique valide, qui piétine sans cesse l’article 1 de la loi de 1905 pour imposer à certaines femmes leur façon de s’habiller et qui instrumentalise la lutte contre le sexisme à des fins racistes – ah, le bikini de Reims ! Et si on n’est pas au courant quand on accepte ce poste, on ne reste pas sous l’autorité d’une personne qui cumule sexisme, racisme et mépris de classe et qui bafoue la laïcité pour décrire des manifestantes féministes. Et si on ne le fait pas, si on cautionne par son silence cette violence de son supérieur, on évite de la ramener publiquement sur la caution que d’autres apporteraient aux haines envers les minorités.

Compte FB de Clavreul, 11 mars 2017

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on s’inquiète que la DILCRA ne se soit ouverte aux questions LGBT (pas Q, pas I) que quelques mois avant les élections, qu’un plan de lutte soit publié encore moins de temps avant la fin du mandat. On ne le vante pas à longueur de tweets comme un mantra, on donne des garanties sur son application et les moyens associés, on explique pourquoi il n’est pas paru plus tôt, alors que les associations ont participé pendant des semaines à des consultations en début de mandat et avaient fourni tout le matériel nécessaire.

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on s’inquiète que la DILCRA devenue DILCRAH ne fasse rien de tangible après les propos homophobes tenus par André 23 devant le Président et son gouvernement ; après les propos de la ministre de l’Education nationale donnant au pape des garanties que le mot « genre » ne se trouve plus dans les manuels scolaires ; après l’étude poussée d’une association sur l’homophobie et la transphobie d’une émission télévisée de grande écoute ; après les propos homophobes d’un amuseur public sur une chaîne de radio – mais il est vrai qu’on ne peut pas en même temps discréditer le combat contre les violences policières et demander des sanctions réelles contre une personne qui dit que les gays veulent s’installer à Aulnay et y rencontrer les policiers après le viol de Théo. Aucune demande de sanction, aucune prise de rendez-vous, aucune interpellation publique réelle, aucun travail avec les responsables des médias concernés : rien.

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on interpelle publiquement l’État français pour ses conditions d’accueil des réfugié-es, la lenteur insupportable et l’inhumanité du traitement des demandes d’asile, le renvoi d’homos ou de trans dans des pays où ces personnes seront persécutées, arrêtées, jugées. On condamne publiquement l’État français, l’Europe et ses politiques migratoires qui provoquent la mort par noyade de milliers de personnes chaque année – sans même parler des guerres néo-coloniales.

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on condamne l’État pour la baisse des financements aux associations, et notamment aux associations de lutte contre le sida dans le monde. Le gel des subventions françaises au Fonds mondial, et la diminution surprise de celles à Unitaid impactent directement la prévention, le dépistage et l’accès aux soins des populations-clés de l’épidémie, parmi lesquelles les homos et les trans.

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, et qu’on ne se sent pas capable de condamner l’État malgré toutes les bonnes raisons qu’il y a de le faire, on évite au moins de disqualifier les organisations et les militant-es qui le font, et qui construisent des alliances inédites qui font bouger la société sur ces questions, car on sait que le travail qu’ils et elles font est aussi indispensable que le lobby institutionnel. Quand on tire une partie de sa légitimité du mouvement associatif, on sait, et on agit en conséquence, que c’est la diversité des formes de combat qui fait avancer les choses.

– Quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI, on se pose la question de l’alibi raciste que sert aujourd’hui nos combats, et on ne vient pas demander des comptes sur la supposée homophobie de militant-es un peu basané-es quand on n’interroge jamais le racisme d’associations LGBT.

Mais ça, c’est quand on prétend défendre les droits des personnes LGBTQI. Si votre objectif est de vous installer dans les institutions, et de faire un parcours à la Emmanuelle Cosse, vous n’avez de toute évidence pas besoin de mes conseils.

Salutations

Jérôme Martin

Photos de Une : Selfie de Yohann Roszéwitch publié sur son compte Twitter le 17 mars 2017.

Photo du profil de jeromemartin
Publié par
Ancien militant d' Act Up-Paris, j'analyse dans trois blogs différents les discours de haine qui nous infériorisent, les enjeux de la lutte contre le sida et notamment des PrEP.
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LES réactions (1)
Lettre ouverte à Yohann Roszewitch
  • Par Phan Hoàng Bigotte 27 Mar 2017 - 12 H 44

    Et avec des méthodes pas très démocratiques, on prétend faire : « Une République exemplaire contre la haine et les discriminations anti-LGBT » ?
    En effet, les responsables de la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH) n’a même pas annoncé publiquement dans la presse un communiqué pour son « Appel à projets contre la haine et les discriminations anti-LGBT » daté du 16 janvier 2017…
    Pourquoi M. Yohann ROSZEWITCH, le « Conseiller lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT à la DILCRAH » n’a jamais rendu public sur les sites d’information LGBT : cet « Appel à projets  » pour prévenir toutes « les associations loi 1901, les établissements culturels, les établissements scolaires et universitaires » concernés le sachent ? (dates limites de dépôt des projets entre le 16 janvier 2017 au 3 mars 2017).
    =====>
    http://www.gouvernement.fr/appel-a-projets-contre-la-haine-et-les-discriminations-anti-lgbt
    =====> =====>
    http://www.archiveshomo.info/academie/press-book/archives_lgbt_en_france_2013.pdf
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