Emmanuel Macron se fend d’une lettre ouverte aux personnes lesbiennes, gaies, bies, trans, intersexuées (LGBTI), qui n’est pas relayée sur ses comptes Twitter de campagne, où il ne parle pas aux personnes trans et intersexuées, et où il répète les mêmes promesses incompatibles avec son projet d’économie de 60 milliards – comment financer la prévention de l’homophobie dans un tel cadre budgétaire ? A une semaine du scrutin : try again.

Ce dimanche 16 avril 2017, Emmanuel Macron a écrit une « lettre ouverte » (voir à ce lien) aux personnes LGBTI. Il s’agit sans doute (et enfin) de rattraper l’effet désastreux de l’interview accordée au Nouvel Observateur (voir ici et ici) dans laquelle le candidat inversait les rapports de force et la violence et plaignait les pauvres militant-es de la Manif pour tous victimes « d’humiliation ». Le lien n’est pas relayé sur les comptes Twitter officiel de l’équipe de campagne.

Dans sa lettre ouverte, pourtant adressée aux T et aux I, Macron ne dit rien au sujet des revendications concernant les droits des personnes trans et intersexuées : quid du changement d’état civil ? De la fin des mutilations sexuelles ? Macron ne dit rien, Macron s’en fout.

Il ne parle pas non plus de l’enfermement et de la torture d’homos en Tchétchénie.

Sur la PMA, il répète qu’il est « favorable » à son ouverture aux lesbiennes et aux femmes célibataires. Et là, chaque mot est savoureux :

« Afin de ne pas réitérer les erreurs du passé

[Vous vous souvenez, ce sont les homophobes qui ont été « humilié-es », pas leurs victimes, ne recommençons pas les mêmes erreurs]

le calendrier de cette réforme sera soigneusement préparé

[Car l’égalité est une question de timing, pas de volonté politique]

Ainsi, j’attendrai que le Comité consultatif national d’éthique ait rendu son avis, prévu pour la fin du printemps, pour construire un consensus le plus large possible.

[Quand on sait que c’est derrière l’avis de ce CCNE, sans cesse repoussé qui a servi de prétexte présentable au gouvernement sortant pour ne pas tenir ses engagements, quand on sait que le consensus sur la PMA est validé par tous les sondages d’opinion, ben on a une idée de ce que nos droits valent pour Macron]

Cette question importante mérite un débat serein, préservé des insultes et des attaques qui blessent les couples de même sexe et de leur famille.

[Donc, plus les homophobes feront chier à chaque fois qu’on essaiera d’avancer sur les droits des lesbiennes, plus je reculerai, et personne ne pourra dire que c’est parce que je suis un gros lâche. C’est juste que je veux préserver ces pov’ gouines et leurs chiards des insultes que je n’aurai pas su leur éviter, trop préoccupé que je suis à éviter l’humiliation aux homophobes.]

Sur la GPA, il se dit prêt à reconnaître les enfants né-es à l’étranger. C’est-à-dire qu’il promet d’appliquer la jurisprudence européenne, comme la France y est obligée. Révolutionnaire ! Sinon, il est contre la GPA (comme tous-tes les candidat-es). Quand on se souvient qu’avant Hollande, avant la Manif pour tous, après 10 ans de droite, de nombreux-ses responsables politiques, allant de l’extrême gauche à la droite la plus lointaine, s’accordaient pour entamer un débat sur le sujet, on mesure l’influence de la Manif pour tous dans la censure et l’auto-censure des candidat-es qui se disent « hors-système ».

Sur les préventions des LGBT-phobies :

– il demande « à la communauté éducative d’être particulièrement vigilante et à l’écoute » : cela ne coûte rien de demander, et bien sûr, personne n’y avait songé avant lui. « Votez pour moi car j’ai demandé aux profs de faire gaffe aux victimes d’homophobie avec les moyens du bord, mais regardez comme je leur ai demandé d’être vigilant avec mon programme économisant 60 milliards, hein. »

– il souhaite que les forces de l’ordre soient mieux formées pour recevoir les plaintes des victimes Pourquoi pas. Problème – aucun chiffrage : là encore, à mettre en rapport avec son programme de 60 milliards d’économie. On la met où, la formation ?

– Concernant les haines sur les réseaux sociaux, Macron estime que « les victimes sont de plus en plus nombreuses à porter plainte, [que] les services de police enquêtent désormais et les auteurs sont plus souvent traduits devant la justice. C’est un progrès qu’il faut continuer à encourager » Comment encourager le progrès ? On ne le saura pas. D’où vient ce progrès ? On ne le saura pas. Encourageons : cela n’entame pas les 60 milliards d’écominisées.

– Concernant la justice, Macron pense que le problème, c’est la confiance Emmanuel Macron sait, oui, il sait « par exemple que les magistrats de la XVIIème chambre correctionnelle du TGI de Paris qui jugent ces affaires sont parfaitement formés sur ces questions ». Il n’y a aucune annonce sur cette question : genre « je sais ».

– Et sinon, Macron nous assure que la lutte contre « la » discrimination sera l’un des grands chantiers de son quinquennat. Et la seule mesure concrète qu’il promet, déjà mise en avant par le gouvernement auquel il a appartenu, est le testing. Soit, c’est un outil comme un autre.

Mais comment le financer, comment le rendre efficace avec 60 milliards d’économie.

Comment financer les actions de prévention du VIH, des IST au sein de la communauté LGBTQI ? Comment financer les salles de consommation à moindre risque pour usagErEs de drogues ? Comment financer les lignes d’écoute téléphonique pour jeunes homos, trans, intersexuéEs ?