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Actu | 02.05.2017 - 20 h 13 | 0 COMMENTAIRES
Valls, le meilleur allié du FN
Par Olaf Kosinsky — Travail personnel, CC BY-SA 3.0 de, $3
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Déchéance de nationalité, dévoiement de la laïcité contre les musulman-es, refus d’accorder aux LGBTI l’égalité des droits, expulsion massive de sans-papiers, racisme anti-rrom décomplexé : Valls a ouvert toutes les vannes du racisme, du sexisme et de l’homophobie, et s’avère pour le deuxième tour l’allié le plus sûr de Marine Le Pen.

Qui a demandé le 8 juin 2009 que l’on mette « quelques Blancs, quelques whites, quelques blancos en plus ? » Ce n’est pas un-e dignitaire du FN, mais un membre du PS : Manuel Valls.

Qui a défendu la déchéance de nationalité lors de l’hiver 2015-2016 ? Le FN, bien sûr, puisqu’il défend la mesure depuis des années. Mais cette fois, c’est un gouvernement socialiste qui reprend le programme de Marine Le Pen, et le chef de ce gouvernement, c’est Manuel Valls.

Qui a censuré au printemps 2014 un outil pédagogique de lutte contre le sexisme et les haines anti-LGBTI ? Des élu-es de droite et d’extrême-droite, bien évidemment : Valérie Pécresse, sous influence des homophobes sexistes de Sens Commun, a ainsi diminué les subventions au Centre Hubertine Auclert, qui propose des outils de formation sur ces questions. Mais ce printemps-là, c’est un gouvernement socialiste qui interdit les ABC de l’égalité, sous pression religieuse. Et le chef de ce gouvernement, c’est Manuel Valls, qui sacrifie ainsi la laïcité, les droits des femmes et des LGBTI – comme le préconise le FN.

Qui, après une telle défaite de la laïcité et des droits des femmes, s’est mis, au nom de la laïcité et du féminisme, à traquer sur les plages des femmes musulman-es en s’alliant à des élu-es de droite-extrême, cautionnant ainsi leur croisade anti-arabe ? Manuel Valls.

Qui a expliqué que les rroms avaient « vocation » à retourner chez eux/elles, parlant comme l’extrême-droite d’ « appel d’air », refusant de reconnaître que les rroms sont des citoyen-nes européens ? Manuel Valls, en septembre 2013.

Qui a annoncé la transgression d’une énième promesse, l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples de lesbiennes, depuis le Vatican, en se torchant avec la loi de 1905, et en se faisant le porte-parole du Pape pour plaire à la Manif pour tous qui a soutenu Fillon et soutient maintenant Le Pen ? Manuel Valls (voir à ce lien).

Qui est co-responsable d’une politique migratoire qui provoque la noyade de milliers de personnes ? Manuel Valls.

Qui, comme le FN, combat les sciences sociales, et estiment que savoir, c’est excuser, militant ainsi pour l’ignorance, au mépris de l’héritage des Lumières que son camp « républicain » ne cesse d’agiter ? Manuel Valls.

Qui a voulu mener une campagne électorale identitaire, reprenant à son compte les thèmes du FN ? Manuel Valls.

5 ans de Manuel Valls à l’Intérieur ou à Matignon, c’est plus de sans-papiers expulsé-es que sous Sarkozy, notamment des personnes gravement malades renvoyées dans des pays où elles ne pourront se soigner ; c’est une accommodation au fascisme qui vient, à coup de loi renseignement et de surveillance massive, d’état d’urgence, de perquisitions abusives chez des musulman-es, de restriction du droit de manifester, de matraquage et de gazage d’une rare violence, de passage en force à coups de 49-3. 5 ans de Valls, c’est combien d’électeur-rices en plus pour le FN ?

Sans doute peut-on reconnaitre à Valls le mérite d’avoir enfin montré que le racisme, le sexisme, les LGBTI-phobies ne sont pas limités à la seule extrême-droite, qu’ils structurent la société, traversent les institutions républicaines. Mais son mérite s’arrête là, et cette leçon, il l’a fait payer à des très nombreuses personnes, musulmanes, rroms, pas blanches, LGBTI, salarié-es, manifestant-es, militant-es antiracistes.

On nous demande de voter Macron pour combattre le FN. Mais combattre le FN, c’est combattre les discours et les pratiques qui assument ouvertement leur emprunt à Le Pen, qui cautionnent son discours, l’ont rendu respectable. De nombreuses émissions de télé aux politiques irresponsables, du Printemps français au Printemps républicain, de Fourest aux plumes du Figaro, de Juilliard à Eugénie Bastié en passant par Michel Onfray, Brice Couturier, Raphaël Enthoven, ils et elles sont nombreux-ses à avoir ouvert toutes les vannes du racisme, de l’islamophobie, du sexisme, des LGBTI-phobies, ils et elles sont nombreux à avoir prétendu combattre le FN en reprenant son discours, ses principes, ses idées, ses façons de poser les problèmes, cautionnant donc tous les préjugés véhiculés par le parti de Le Pen. Ils et elles sont nombreux-ses, celles et ceux qui s’en sont pris aux anti-racistes qui ne partageaient pas leur façon de voir, aux militantes des quartiers, aux médias indépendants, entravant leur combat, empêchant les luttes effectives et efficaces contre le racisme et les inégalités.

Dans cette masse des Tartuffes anti-FN, Valls s’impose du fait du poids qu’il a eu au gouvernement, poids que son score au primaire pour 2012 n’aurait jamais dû permettre – mais la « démocratie » anti-FN a ses raisons que la raison ignore.

Je glisserai dans l’urne un bulletin portant le nom d’Emmanuel Macron. Sans état d’âme, car je ne vends pas mon âme avec un tel geste : je contribue juste à éviter un danger que j’estime bien plus grand pour moi, en tant qu’homosexuel, et pour les combats que je mène contre les racismes, les LGBTI-phobies, l’antiracisme. De « sidaïques » en obscurantisme assumé face au VIH,  en interdiction du mariage pour les couples d’hommes ou de femmes en refus d’échange de seringues pour les usager-es de drogues, de haine des salarié-es en caution à la torture, d’exception policière renforcée, alors même qu’elle est déjà bien présente à cause de Valls, en contrôle politique des médias, de pogroms racistes encouragés en détourenement de fonds publics, je sais ce que vaut le FN et je n’ai pas besoin que des Tartuffes de l’anti-racisme qui font semblant de découvrir l’incendie qu’ils et elles ont entretenu, viennent me faire la leçon.

Ce geste électoral, je sais qu’il est insuffisant, je sais que je le fais dans un cadre contraint, par le contexte politique ambiant, par le principe de la présidentielle et de son deuxième tour. Je sais que je combattrais la politique de Macron, si c’est lui qui est élu, dès le 7 mars, à 20 heures car le démantèlement social qu’il promet est une horreur – pas de même nature ni de même intensité que ce que nous promet Le Pen, mais une horreur quand même.

Je vote Macron, mais je critique son programme, car lutter contre le FN, c’est assumer le pluralisme, la liberté d’expression et refuser l’état d’urgence électoral que certain-es agitent pour faire taire tout esprit critique. Je le fais aussi, car je ne méprise pas les électeur-rices qui pourraient me lire et qui hésiteraient ; je ne m’imagine pas absurdement que rappeler les incohérences et les dangers du programme d’En Marche pourrait leur faire oublier Le Pen. Il faut beaucoup de peur ou beaucoup de mépris ou beaucoup d’incohérence pour laisser croire que l’auto-censure dans l’entre-deux-tours et d’ici les législatives serait le meilleur rempart contre le fascisme. C’est bien la preuve aussi que pour tous ces Tartuffes, Marine Le Pen n’est qu’un épouvantail qu’ils et elles agitent au dernier moment, et dont ils et elles s’accomoderaient fort bien si elle venait à passer, puisqu’ils et elles nous demandent déjà de nous taire, de ne plus exercer nos droits démocratiques, de voter comme ils et elles le voudraient, de laisser faire la marche du monde.

Je respecte les abstentionnistes, et, si je suis en désaccord sur le diagnostic que certain-es peuvent porter (selon lequel le risque que Marine Le Pen passe au second tour serait très réduit, et qu’il ne faut pas voter Macron pour ne pas lui donner de légitimité dans sa politique de démantèlement social), je comprends le dégoût de la plupart d’entre eux, même si je ne le ressens pas moi-même. Je ne cherche pas à les convaincre quand je discute avec eux, juste exposer les raisons pour lesquelles ce dégoût, je ne le ressens pas, rappeler les premières mesures que prendra Le Pen, par exemple contre les homos.

Depuis 9 jours, les pro-Macron font tout pour contrecarrer ce travail et encourager l’abstention : mépris hautain pour la gauche et l’extrême-gauche, condamnation de surplomb de ceux et celles qui appellent à s’abstenir, doutent. Tous ces gens – qui, dans le meilleur des cas, ne font rien pendant 5 ans contre les racismes, sexisme, LGBTI-phobies, et dans le pire des cas alimentent ou cautionnent ces discours et ces pratiques – tous ces gens, donc, demandent à respecter les électeur-rices du FN et dialoguer avec les militant-es de la Manif pour tous, n’ont aucun respect pour les personnes de gauche, notamment les militant-es qui combattent chaque jour le racisme, le sexisme et les LGBTI-phobies. Ils couvrent de reproche la gauche, et ne disent rien contre l’extrême-droite. Avant le premier tour, le PS s’en prenait à Mélenchon et épargnait Le Pen : et ça vient maintenant nous parler de priorité ?

Aussi nécessaire soit ce bulletin portant le nom dans l’urne dimanche 7 mai, il ne suffira pas contre le FN, pour nos droits, pour l’égalité, la liberté et la sororité/fraternité. Il faut et avant tout combattre les racismes, sexisme, LGBT-phobies institutionnels, et celles et ceux qui s’en nourrissent. Il faut cesser d’appliquer la logique du FN, pour les combattre, mais en sortir : régularisation de tous les sans-papiers, réforme bienveillante de l’accueil des réfugié-es et du droit d’asile, lutte contre les contrôles au faciès, droit de vote pour els étrangers non communautaires à toutes les élections, ouverture de la PMA, changement d’état civil inconditionné pour les trans, etc ; etc.

Et il faut désigner pour tel-les les allié-es du FN : Manuel Valls en est un, de la pire espèce. Si Macron ne comprend pas que la main qu’il tend à l’ancien premier ministre est une bonne raison de s’abstenir pour des personnes qui pourraient voter pour lui, qu’il ne vienne pas s’en prendre aux forces de gauche pour leur choix le 7 mai prochain.

Image de Une : Par Olaf Kosinsky — Travail personnel, CC BY-SA 3.0 de, $3

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Ancien militant d' Act Up-Paris, j'analyse dans trois blogs différents les discours de haine qui nous infériorisent, les enjeux de la lutte contre le sida et notamment des PrEP.
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