L’équipe de campagne et les soutiens d’Emmanuel Macron comptaient un nombre conséquent d’adversaires des droits des personnes LGBTI et de l’égalité. Cela explique-t-il les lacunes et la timidité globale du « programme » d’En Marche en la matière ? Petite revue de ces réac. On commence par le maire de Lyon, ses cautions à l’homophobie et ses entraves à la lutte contre le sida.

L’entourage de Macron compte des personnes qui ont tenu des positions ouvertement homophobes et hostiles à l’égalité. Si certain-es d’entre elles et eux ont revu depuis leur position, c’est au prix de circonvolutions et de coups de force rhétoriques qui montrent qu’ils et elles ont encore un problème avec les droits des LGBTI. On peut lire dans leurs propos des dernières années des annonces de toute l’ambiguïté du « programme » d’EM ! (voir à ce sujet cette lettre ouverte et cet article), tout l’argumentaire déjà entendu pour justifier le refus d’ouvrir la PMA ou de garantir le changement d’état civil des trans et une volonté de restreindre la notion d’homophobie pour s’en disculper – volonté qui ne peut que profiter aux homophobes.

L’entre-deux-tours a été marqué par une campagne de culpabilisation massive orchestrée par les macronistes à l’égard des abstentionnistes. Le danger du FN a été utilisé par En Marche comme un prétexte pour faire oublier une politique ultra-libérale, un démantèlement annoncé du droit du travail, une précarisation accrue de la majorité. Et la victoire de Macron a aussitôt été abusivement interprétée par ses soutiens comme un vote d’adhésion.

On nous a donc demandé de « faire barrage au FN » dans les urnes, sans poser les bases d’une politique qui ferait échouer le FN sur le long terme, sans remettre en cause les politiques économiques et sociales qui ont créé cette situation et que Macron entend reconduire et renforcer, sans interpeller celles et ceux qui, dans la majorité sortante, ont fait le jeu du FN et des réactionnaires.

Le vote est passé, et il est essentiel de repérer ceux et celles qui ont soutenu le nouveau président, vont sans doute en être récompensé-es par un titre ou une candidature, alors même qu’ils et elles ont contribué à légitimer les arguments des homophobes réactionnaires, les mêmes arguments que le FN et la Manif pour tous utilisent sur ces questions. Cette petite revue ne se veut pas exhaustive, et j’espère que des journalistes prendront le relais.

Interrogé par Yagg (voir ici), le président d’Homosexualité et Socialisme, ex-conseiller de campagne de Hamon sur les questions LGBT, dit à propos de l’élection de Macron se tenir encore en alerte « car si le nouveau président semble assez ouvert sur ces questions, on trouve dans son entourage des « socialistes réacs », autour du maire de Lyon notamment, qui ont ardemment milité pour empêcher l’ouverture de la PMA entre 2012 et 2017. » C’est Gérard Collomb qui est ainsi visé.

Le maire de Lyon annonçait en octobre 2012 qu’il ne célèbrerait pas de mariage de personnes homosexuelles (voir l’article de Yagg à ce lien). C’est aussi au cours de cette période que François Hollande évoquait la possibilité d’accorder aux maires une « liberté de conscience ». Gérard Collomb ne revendiquait rien d’autre. Dans des termes clairs, cela voulait dire que face à des pédés et des gouines, il ne se sentait pas tenu d’appliquer la loi.

Gérard Collomb a été imité. La maire d’extrême-droite Bompard a refusé de marier deux femmes dans sa ville de Bollène (voir article de Yagg à ce lien). Comment faire barrage au FN et à l’extrême-droite quand ce sont des socialistes qui leur donnent l’exemple et les arguments nécessaires pour discriminer ? Quand un président qui se désigne comme le rempart contre le FN l’accepte dans son entourage ?

En décembre 2012, le cumulard Collomb affirme qu’en tant que sénateur, il ne votera pas la loi sur le mariage si y est incluse l’ouverture de la PMA pour les couples de femmes (voir article de Yagg à ce lien). Son argumentation fait valoir le danger qu’il y aurait à légiférer sur la PMA : on risquerait la GPA, et la « marchandisation des corps ». Collomb entretenait donc l’amalgame entre mariage, PMA et GPA, amalgame qui était un des épouvantails au cœur de l’argumentation de la Manif pour tous. La PMA ne sera pas incluse dans la loi.

La responsabilité de Collomb dans cette défaite des droits des femmes est donc réelle. Les femmes, d’ailleurs, Collomb sait en parler. Avec machisme. En septembre 2014, il dit de Najat Vallaud-Belkacem : «  C’est une communicante et une séductrice, mais elle doit se méfier des paillettes », la réduisant à son apparence physique. Il indique de plus que « Hollande aime les joiles femmes » : NVB n’a pas été choisie pour ses seules compétences  (voir le machoscope de Mediapart). Faisons barrage au FN avec des responsables politiques qui s’illustrent par leur sexisme le plus crasse !

Au vu de la responsabilité de Collomb dans cette défaite des droits des femmes et des homos qu’est le refus de la PMA, son « revirement » en faveur de la mesure lors de la campagne pour les municipales de 2014 (voir les articles de Yagg sur le sujet à ce lien et ce lien, voir aussi l’entretien qu’il avait accordé à Hétéroclite à ce lien) ne peut susciter aucun enthousiasme. D’abord, parce qu’il arrive trop tard : à l’époque (février 2014) le gouvernement a déjà annoncé à plusieurs reprises que l’ouverture de la PMA ne se fera pas, Valls l’enterrera définitivement depuis le Vatican deux mois plus tard (portant ainsi atteinte à la laïcité d’une façon jamais vue, voir article à ce lien). Il est toujours facile, surtout en contexte électoral, de mettre en avant son revirement sur une mesure législative quand on sait que les occasions de la faire adopter sont passées. D’autre part, ce « revirement » s’accompagne d’une rhétorique qui accorde encore la part belle aux homophobes : « Bien des questions d’éthique se posent encore car ce sont des sujets ô combien sensibles. Il me semble cependant que les revendications des associations sont légitimes. Mais s’il faut toujours souhaiter une progression des droits, il faut aussi savoir engager un dialogue sur ces questions et préparer ainsi l’acceptation de la société. »

On retrouve ici toute la rhétorique du « sujet sensible » et du « nécessaire dialogue » qu’il est toujours surprenant d’entendre quand on parle des droits des LGBTI, et que Macron a pourtant mis en place depuis février dernier et sa fameuse interview sur les « humilié-es » de la Manif pour tous. En quoi l’égalité serait-elle un « sujet sensible » ? En quoi nos droits devraient-ils faire l’objet d’un dialogue  ? Cette rhétorique, c’est très exactement celle de Macron sur le sujet de la PMA, c’est celle qui a été répétée à l’envi par Laurence Rossignol depuis son poste de ministre, c’est ce qui a justifié le report sine die de la mesure.

Macroniste, Collomb soutient un programme qui entend démanteler un peu plus le code du travail, y compris en passant par les ordonnances. Les droits des travailleur-ses ne sont donc pas un « sujet sensible » ? Il faut dialoguer avec les homophobes, mais pas avec les syndicats ? Quand on manifeste contre la loi Macron, on est responsable des « blocages » de l’économie, des « résistances passéistes » et cela justifierait que le nouveau président utilise un « 49-3 » systématique ? Mais quand ce sont les homophobes qui manifestent, il faut les respecter, dialoguer, et il faut que les personnes privées de droits et en situation d’inégalité comprennent que, non, on ne fera rien pour elles.

Ce sens du dialogue à géométrie variable, perceptible dans les propos de l’époque de Collomb, est exemplaire du contenu réel du programme de Macron en matière de démocratie et de respect des droits.

D’ailleurs, Collomb qui se dit si avide de dialoguer avec les opposant-es aux droits des LGBTI, si soucieux-ses de les comprendre, n’a jamais fait le moindre effort pour dialoguer avec les opposant-es à sa politique municipale de harcèlement des travailleuses du sexe, notamment des associations de lutte contre le VIH / sida.

Avant même que Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, n’installe la mesure de pénalisation du « raccolage passif », le maire de Lyon avait systématisé une politique de harcèlement des prostituées qui entravaient gravement les actions de prévention des associations de terrain. Cabiria, une association de santé communautaire, composée pour moitié de travailleuse du sexe, avait mis en place un « journal des répressions » pour témoigner des difficultés accrues de leur travail du fait du harcèlement cumulé de la police nationale et de la police municipale.

Collomb avait-il manifesté le moindre sens du dialogue alors ? Non. Avait-il respecté les manifestant-es qui remettaient en cause sa politique solidaire de celle de Sarkozy, et contraire aux impératifs de droit et de santé ? Non. Le dialogue, c’est avec les réactionnaire, certainement pas avec les militants progressistes et les activistes de la lutte contre le VIH.

Quand dans les prochaines semaines, mois à venir, Emmanuel Macron nous dira qu’il doit dialoguer avec les homophobes avant de faire progresser nos droits, rappelons ce sens sélectif du dialogue dont lui-même n’a pas fait preuve quand il était au gouvernement, et qu’un de ses soutiens les plus actifs n’a pas manifesté quand il s’agissait de lutter contre le sida.

Image de Une : By Arthur Empereur (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons