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VendeurSEs de haine
Analyse des discours qui nous infériorisent
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Actu | 23.06.2017 - 08 h 24 | 0 COMMENTAIRES
Pourquoi il faut aller à la Pride de nuit ce soir

Toutes les raisons que nous avons de manifester ce soir.

Les Marches des fiertés célèbrent les émeutes de Stonewall lors desquelles des homosexuel-les et des personnes trans s’opposèrent aux violences policières dont elles étaient victimes du fait de ce qu’elles étaient. Ces émeutes mirent en valeur ce que l’institution produisait d’homophobie, de transphobie, de sexisme mais aussi de racisme.

Pour la troisième année consécutive, la Pride de nuit renoue avec cet héritage. Le texte d’appel, que je reproduis, n’a pas besoin d’être commenté. Je rajouterai quelques éléments du contexte récent.

Mercredi, trois jours avant la Marche des fiertés, Emmanuel Macron et son premier ministre crachaient à nouveau à la figure des militant-es LGBT+ en nommant Jean-Baptiste Lemoyne, soutien de Sens Commun et proche des Veilleurs, ainsi que Jacqueline Gouraut. Le président de la République avait déjà choisi le 17 mai pour annoncer la composition de son premier gouvernement, qui comprenait trois homophobes en plus du Premier ministre. Avec le départ de Bayrou, on compte donc maintenant cinq homophobes dans l’exécutif, un de plus qu’auparavant. Et on n’oublie évidemment pas les députés LGBTI phobes adoubés par le mouvement LREM (voir l’exemple de Vincent Bru à ce lien). On n’oublie pas la Marche des fiertés de Lyon, interdite de centre ville par la préfecture pour satisfaire les milices fascistes que Collomb a laissé prospérer. On n’oublie pas que Macron ne fait rien de concret pour les LGBTI de Tchétchénie et d’ailleurs, qu’au contraire il pourrit encore plus la vie des migrant-es et des réfugié-es.

Comment s’imaginer qu’on puisse combattre l’homophobie en la récompensant ? C’est impossible. Les témoignages d’homophobie – comme l’arrachage systématique des affiches du festival Loud and Proud ou cette récente agression – ne risquent pas de diminuer quand le président de la République prouve par ces actes que traiter les homosexuel-les en inférieur-es, leur refuser le statut de citoyen-nes à part entière en les privant de l’égalité, vouloir leur éradication de l’espace public, ne pose aucun problème, puisqu’on peut devenir membre de son gouvernement ou député-e de sa majorité.

Macron a banalisé le racisme le plus crasse. Affamer et assoiffer les migrant-es, laisser tranquilles les groupes racistes qui peuvent sans souci annoncer qu’ils vont mener des actions terroristes de piraterie contre le sauvetage de migrants en mer sans être inquiété-es par l’État, récompenser par un poste de député des élu-es qui ont soutenu la mesure du FN de déchéance de la nationalité, adouber une parlementaire dont le rêve affiché est d’écraser des musulman-es : voilà quelques exemples du « barrage au FN » promis par Macon quand il était face à Le Pen.

L’Inter-LGBT soutient la présence d’un char d’En Marche à la manifestation qu’elle organise samedi. Comment l’expliquer ? Comment expliquer qu’un mouvement comme l’Inter-LGBT participe à une telle instrumentalisation de nos luttes ? Déjà, sur les réseaux sociaux, des cis gays macronistes expliquent qu’en fait s’opposer à l’ouverture du mariage, c’est pas si grave, que la PMA, c’est pas si urgent – et ne disent évidemment rien pour les droits des trans. C’est ça, leur fierté ?

La Pride de Nuit est l’occasion de manifester notre fierté, loin de toute récupération politicienne, et notre combattivité. Et comme toujours, les luttes LGBTI, et antiracistes, ne peuvent se détacher des autres. Alors que Macron s’apprête à un démantèlement sans précédent de nos droits et de nos libertés, du code du travail à Internet, des politiques d’austérité au « CDI provisoire », alors que sa majorité illégitime à cause du taux d’abstention est dans la capacité légale d’installer durablement une austérité encore plus grande, alors que, derrière le blabla pseudo-humaniste, l’homophobie, le racisme, la transphobie sont confortés politiquement, alors que les militant-es de l’antiracisme politique doivent affronter des vagues de calomnies, parmi lesquelles l’instrumentalisation raciste des luttes LGBT+ joue un rôle non négligeable, il est temps de renouer avec une politique radicale, de réinventer de nouvelles formes d’actions adéquates pour contrer l’imposture en marche : cela commence avec la Pride de Nuit ce soir.


Over the Rainbow, coalition des non-conformes

Pour la troisième fois, l’organisation d’une Pride de Nuit à Paris apparaît nécessaire tant les problématiques soulevées les années précédentes demeurent et ont même été réactivées par la campagne électorale : racisme, évolution des droits insuffisante, multiplication des violences physiques comme des discours haineux, instrumentalisation de nos luttes.

De plus, les premiers signaux envoyés par la présidence Macron s’inscrivent dans le mépris de classe, dans la complaisance envers les expressions homophobes et racistes, au mieux qualifiées de « trait d’humour maladroit ».

Dans la prolongation de la répression de l’activisme de gauche.
Dans la répression des expressions politiques autonomes des minorités – sous couvert de justifications pseudo LGBTQI-friendly et féministes.

Dans le contrôle des classes populaires, notamment racisées, par une précarisation et une répression généralisée s’éloignant chaque jour davantage de toute justice.
Dans une chasse accrue aux migrantEs, réfugiéEs et sans papierEs, que ne protègent plus que la solidarité de la société civile soumise elle-même à un harcèlement politique et policier.

Dans une politique économique et sociale qui s’apprête à aggraver la fracture entre celles et ceux qui peuvent se contenter d’une politique LGBTQI des droits et celles et ceux dont les conditions réelles et matérielles d’existence en limiteront de fait la portée.
Discriminations dans l’accès à l’emploi, dans la fixation du salaire, la progression de carrière, face au harcèlement de son employeur, de ses supérieurs et collègues, outing, etc, nous, homos, trans, bi, queer, raciséEs, séropos, atteintEs d’une pathologie grave, handicapéEs, gros-ses, précaires, non-conformes aux normes dominantes, connaissons dans nos quotidiens ce que des négociations renvoyées au sein des entreprises sont susceptibles de produire de violence.

C’est pourquoi nous dénonçons l’instrumentalisation de nos luttes dans le but de déconsidérer d’autres minorités sociales ou politiques, en particulier racisées, et desquelles certainEs d’entre nous font aussi partie. Nous dénonçons les stigmatisations et discriminations qui frappent les unes comme les autres. Et soutenons leurs initiatives visant à combattre ces discriminations.

Nous refusons que l’état d’urgence soit utilisé pour contrôler les expressions des opposants politiques et limiter la liberté de manifester.

Nous refusons que des mesures isolées (y compris plus que nécessaires) soient utilisées pour se dédouaner de la tolérance de l’homophobie qu’elle vienne du plus haut de l’Etat, de groupuscules haineux ou de sphères médiatiques.

Nous combattrons les politiques antisociales qui en aggravant la pauvreté et la précarisation contribuent à l’isolement et à la vulnérabilité des plus fragiles d’entre nous. Et les privent de l’accès aux droits, au logement, au travail, aux soins, à des retraites dignes de ce nom.

Nous nous opposerons à l’uberisation des services publics, notamment de santé, d’accueil des personnes âgées, et d’éducation ainsi qu’au renvoi de la protection des travailleurSEs au self service de la puissance patronale et entreprenariale.

Nous refusons une gentrification de nos luttes, prête à jouer les faire-valoir du libéralisme économique en échange d’un libéralisme sociétal partiel qui distribuerait des primes d’intégration et de représentativité. Et retrace des frontières entre de pseudo-respectabilités.

Et nous continuerons de nous battre pour :

• de véritables politiques publiques de lutte contre les LGBTQI-phobies et le sexisme,
• l’accès déjudiciarisé, rapide, déclaratif et gratuit au changement d’état civil, fondé sur la seule autodétermination, et à terme l’abrogation de la mention de genre à l’état-civil,
• l’arrêt des mutilations et des traitements sans nécessité vitale sur les personnes intersexes, et l’accès remboursé aux opérations et aux traitements pour les personnes trans qui les souhaitent,

• l’ouverture du droit à la PMA à toutes et tous,
• la réforme de l’établissement de la filiation et son inscription sur la base de l’engagement,
• une politique de santé publique respectueuse de critères humains et sanitaires et non économiques,
• des moyens concrets et d’ampleur contre l’épidémie de sida,
• l’arrêt des politiques discriminatoires, stigmatisantes et répressives contre les personnes racisées, les migrantEs, les travailleurSEs du sexe et les classes populaires,
• la fin des politiques de précarisation,
• une vraie politique d’accueil et d’accompagnement des migrantEs, des mesures d’urgence contre les persécutions y compris celles concernant les LGBTQI et la régularisation de tout.e.s les sans papierEs,
• Le développement des alternatives à l’emprisonnement et le respect de la dignité des personnes incarcérées et de leurs droits et accès aux traitements, y compris hormonaux.

RDV vendredi 23 juin 2017 à la fontaine des Innocents, Paris 1er –
(métro 1, 4, 7, 11, 14 / RER A, B, D Châtelet-Les Halles).

** Nous débuterons par des prises de parole à 18h et la manifestation partira à 19h. **

Avec le soutien de : Acceptess-T, Act Up-Paris, Aides, Alerta Feminista, Les Amis du Patchwork des Noms, le collectif Anti crasse, le BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des MigrantEs), la BAFFE (brigade des actions féministes en faveur de l’égalité – Paris-Sorbonne), Bi’Cause, la Black Pride, le Bus des Femmes, C’est pas mon genre, l’Intersection, le Collectif Intersexes et Allié.e.s, les Dégommeuses, Emasculation, FéminiCités, le collectif Féministes Révolutionnaires, Femmes en Luttes 93, FièrEs, Flash Cocotte, Frap (Front de lutte anti patriarcal), Front de lutte LGBT, G.A.R.ç.E.S (Groupe d’Action et de Réflexion Contre l’Environnement Sexiste, Sciences Po), Gras Politique, Groupe anarchiste Alhambra, Groupe anarchiste Orage, HomoSFèRe, le collectif La Chapelle Debout!, le Lesbotruck+, le collectif LGBT pour la Palestine, Madame Rap, MIF (Musulmans Inclusifs de France), l’Association Nationale Transgenre, NRJKIR Paris 8, l’Observatoire des Transidentités, le collectif Oui Oui Oui, les Ourses à plumes, Outrans, Panzy, Paris-T, le Planning familial, la PlayNight, Polyvalence, QueerParis, La Queer Week, la Rage, le Réseau pour une gauche décoloniale, RITA, Self-ish, le Seum Collectif, Shemale Trouble, les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence – Couvent de Paname, le STRASS (Syndicat du Travail Sexuel), le T. Time, TRANS INTER Action, La Trayeuse électrique FFP 106.3, Univers Jeunes [liste à date du 22/06]

Cet appel reste ouvert à signatures !

Contact : pride2nuit@gmail.com

sur Twitter : @PrideDeNuit

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Publié par
Ancien militant d' Act Up-Paris, j'analyse dans trois blogs différents les discours de haine qui nous infériorisent, les enjeux de la lutte contre le sida et notamment des PrEP.
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