Voici la retranscription de la chronique que Raphaël Enthoven a tenue sur Europe 1 mardi 26 septembre 2017 à propos de l’écriture inclusive. J’en publierai une analyse d’ici demain.

Patrick Cohen : Raphaël Enthoven, vous revenez ce matin sur ce qu’on appelle l’écriture inclusive qui se propose d’assurer une égalité de représentation entre les femmes et les hommes dans la langue française.

Raphaël Enthoven : Oui, bonjour Patrick. Ne dites plus « Les droits de l’homme », dites « Les droits humains », s’il vous plait. Ne dites plus « un écrivain transgenre », dites « une auteurrice » ; ne dites plus « tous et toutes », disse (sic) « tous, toutes et [il lève le bras] toustes [prononcer « toussetoutes »]», ne dites plus « celles et ceux », dites « celles, ceux, ceuxlles et celleux ». L’écriture inclusive est une agression de la syntaxe par l’égalitarisme, un peu comme une lacération de la Joconde, mais avec un couteau issu du commerce équitable…

Patrick Cohen : … Comme vous y allez…

Raphaël Enthoven : Le pire, le pire, Patrick étant l’introduction d’un « e » entre deux points médians qui disloquent les lettres d’un adjectif pour graver au pluriel la marque du féminin. Ça donne des mots illisibles : « uni-es « motivé-es », « vigilant-es » [il prononce les « e » et « s » de désinence les trois fois].

Patrick Cohen : En même temps il est vrai que le masculin est toujours prépondérant dans la langue française.

Raphaël Enthoven : C’est vrai, vous avez raison. Des siècles d’injustice ont façonné le langage. Mais aucun procédé n’y remédie moins, Patrick, que l’écriture inclusive. Ce pauvre « e » par exemple, [il lève la main] qui se mêle au mot sans se mélanger, cette petite voyelle qui joue des coudes [il mime le geste] pour écarter les lettres d’un mot et s’y planter comme un drapeau sur la lune, c’est le contraire d’une victoire, on dirait Ève congelée dans la côte d’Adam. Mais le vrai problème de l’écriture inclusive est ailleurs. L’écriture inclusive est une réécriture qui appauvrit le langage exactement comme le novlangue dans 1984

Patrick Cohen : … Sauf que le novlangue d’Orwell était une simplification du langage qui veut éliminer le maximum de mots. L’écriture inclusive fait l’inverse, non ?

Raphaël Enthoven : Vous avez raison. Au lieu de dire « mauvais », le novlangue impose de dire « imbon », au lieu de dire « meilleur », le novlangue dit « plusbon », le but étant de réduire autant que possible le nombre de mots et de syllabes afin d’anéantir toute pensée originale ou séditieuse. Or manifestement l’écriture inclusive fait le contraire puisqu’elle prétend manifester la diversité du monde qu’elle respecte. Mais qu’on supprime les mots ou qu’on les découpe pour les rendre illisibles, que le but soit de contrôler les gens comme dans 1984 ou d’extirper à la racine d’un mot toute trace d’inégalités comme dans l’écriture inclusive, dans les deux cas, partant du principe qu’on pense comme on parle, c’est le cerveau qu’on vous lave quand on vous purge la langue. Et puis surtout, à l’image des réécritures du passé dont se charge le Ministère de la vérité, le Miniver de 1984, l’écriture inclusive est un attentat contre la mémoire elle-même. Car toute langue est une mémoire dont les mots sont les cicatrices ou les cicatraces – néologisme. Dans le sillage des gens qui veulent débaptiser les lycées ou déboulonner les statues de confédérés, l’écriture inclusive est un négationnisme vertueux, un lifting du langage qui croit abolir les injustices du passé en supprimant leurs traces.

Patrick Cohen : Le fin mot de la fin, Raphaël ?

Raphaël Enthoven : Le désir d’égalité n’excuse pas le façonnage des consciences.

La vidéo de la chronique est disponible sur Dailymotion (voir à ce lien)